Pour la première fois depuis des mois, le bruit des bombes ne les a pas réveillés. Les canons se sont tus, presque miraculeusement tant personne ne croyait, dans les banlieues quasiment détruites d’Idlib, d’Alep ou de Damas, que la trêve annoncée pour lundi au crépuscule entre en vigueur au moment promis. Il faut dire que cela avait plutôt mal commencé: l’accord conclu vendredi en fin de soirée à Genève entre le chef de la diplomatie américaine John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, a été suivi samedi par d’intenses bombardements. Ces derniers ont duré le week-end et se sont poursuivis lundi dans la journée comme si les belligérants cherchaient à faire le plus de victimes possible avant de ranger leurs armes. Dans la soirée, les déflagrations se sont espacées, puis ont disparu.

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Selon Rami Abdel Rahmane qui dirige l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le cessez-le-feu est dans l’ensemble respecté; des escarmouches se sont produites à Deraa et à l’est d’Alep. De leur côté, les militaires russes ont affirmé que les rebelles syriens auraient violé la trêve à plus d’une vingtaine d’occasions, notamment dans la région d’Alep, sur la route dite du Castello, selon des sites d’information proches du Kremlin.

Mais ces différents accrochages n’ont rien à voir avec ce qui prévalait depuis la reprise des combats en avril. Mardi a même été pour beaucoup de Syriens la première journée calme depuis des mois, explique Rami Abdel Rahmane qui est en contact quotidien avec les Syriens restés au pays: «Ils ont pu célébrer lundi soir l’Aïd al-Adha, la fête du mouton. Les enfants sont prudemment sortis dans la rue.» La circonspection reste cependant de mise, car les espoirs précédents ont tous été douchés par la volonté des forces en présence d’en découdre. «Ils ont comme seul agenda que la victoire par les armes. Un seul mobile, reprendre du terrain à l’adversaire. D’un côté comme de l’autre, la trêve est plus l’étape d’une opération militaire que la volonté de mettre fin à la guerre.»

Les distinctions, principal écueil du plan de paix

L’accord conclu à Genève ne propose qu’une cessation partielle des hostilités. D’une part, il demande aux rebelles modérés de cesser le combat et d’autre part il dresse les contours d’une intervention à venir qui sera menée conjointement par les armées américaines et russes contre les djihadistes. Concrètement, après un cessez-le-feu de 7 jours pendant lequel les différents groupes armés de la rébellion dite modérée sont appelés à se séparer des groupes djihadistes de l’EI et de Jabhat al-Cham, considérés eux comme des cibles légitimes. Ce distinguo entre combattants acceptables et djihadistes à éliminer, entre zones qui pourront être bombardées et celles qui seront épargnées, constitue le principal écueil du plan de paix.

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Lundi soir, selon l’OSDH, les différents groupes armés ont commencé leurs consultations politiques. Si tous les groupes ou presque se détournent de l’État islamique (EI). Il n’en va pas de même de Jabhat Fatah al-Sham anciennement Jabhat al Nosra, qui a noué des alliances avec les autres brigades rebelles (voir ci-dessous). Selon David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), l’imbrication sur le terrain entre les différents groupes est problématique: «Pour Moscou, ces alliances locales avec Jabhat Fatah al-Sham prouvent qu’il n’y a pas vraiment de rebelles modérés ce qui pourrait justifier d’éventuels bombardements. Washington en revanche espère que la trêve et la promesse de ne pas être pris pour cible puissent convaincre les groupes estampillés modérés de donner du crédit à leur «labellisation». Dans l’ensemble, le cessez-le-feu actuel profite plutôt à Damas puisqu’il gèle des positions militaires actuellement favorables à l’armée syrienne.» Les déclarations de Bachar el-Assad, lundi à Deraya, ont confirmé ce que l’opposition craignait: le président veut reconquérir toute la Syrie et ne fera pas de concession.

Le processus de paix sera semé d’embûches consent Rami Abdel Rahmane, «mais les Syriens ne veulent qu’une chose, c’est la fin des combats. Ils ont payé un prix trop élevé et sont devenus sourds aux mots d’ordre des groupes rebelles et des politiciens de l’opposition ou du régime. Ils veulent la paix c’est tout. Cette trêve offre une ultime chance d’en finir avec la guerre.»