Il faut rendre à l’espace ce qui appartient à l’espace. L’interprète du célèbre capitaine du vaisseau spatial «USS Enterprise» s’est rendu dans l’espace. William Shatner, 90 ans, est monté à bord d’une fusée de Blue Origin ce mercredi 13 octobre. La star de la série devenue culte Star Trek est ainsi devenue la personne la plus âgée à atteindre l’ultime frontière, accomplissant du même coup un exploit symbolique pour les générations passionnées par les aventures du capitaine Kirk.

10 minutes et 17 secondes

Ce voyage était «l’expérience la plus intense» de sa vie, glisse l’acteur canadien au patron de Blue Origin, le milliardaire Jeff Bezos, venu l’accueillir à son atterrissage. «Je suis tellement ému […] C’est extraordinaire.» Comme les quelque 600 humains ayant fait cet extraordinaire déplacement avant lui, il s’est émerveillé de la vue de la planète Terre depuis le cosmos.

Il s’est rendu compte que nous sommes «incommensurablement petits par rapport à l’univers.» L’acteur confie également avoir intensément ressenti l’atmosphère. «Cet air qui nous tient en vie est plus fin que votre peau», dit-il. Pour lui, «il serait tellement important que tout le monde vive cette expérience, d’une manière ou d’une autre.»

Son vol, accompagné de trois autres passagers, est le deuxième vol habité organisé à bord de la fusée de Blue Origin. L’entreprise américaine entend s’imposer comme un acteur incontournable dans le secteur convoité du tourisme spatial.

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La fusée «New Shepard» a décollé, mercredi à 09h49 – heure locale. La capsule s’est détachée en vol, propulsée, et s’est élevée jusqu’à 106 km au-dessus du niveau de la mer, soit plus haut que la ligne de Karman qui marque la frontière de l’espace selon la convention internationale. Elle a ensuite entamé une chute libre pour retomber sur Terre, freinée notamment par trois immenses parachutes. Le vol a duré au total 10 minutes et 17 secondes.

C’est le fondateur d’Amazon qui avait fermé l’écoutille de la capsule avant le décollage. C’est encore lui qui l'a rouverte, une fois l’atterrissage réussi, dans le désert du Texas. Il a ensuite débouché une bouteille de champagne pour célébrer l’événement.

Les voisins de cabine du capitaine Kirk étaient deux entrepreneurs ayant payé pour le voyage: Chris Boshuizen, un ancien ingénieur de la NASA et le cofondateur de Planet Labs, une société américaine qui photographie chaque jour la Terre grâce à des satellites; et Glen de Vries, le cofondateur de Medidata Solutions, une entreprise spécialisée dans les logiciels de suivi d’essais cliniques pour l’industrie pharmaceutique. Le prix de leurs billets n’a pas été révélé. La vice-présidente de Blue Origins chargée des missions et des opérations de vol, Audrey Powers, complétait l’équipage.

De 1966 à nos jours

Jeff Bezos avait lui aussi fait un voyage vers l’espace à bord de «New Shepard» en juillet dernier. Moins de trois mois plus tard, ce nouveau décollage montre bien la détermination de sa société à s’imposer face à ses concurrents. La compétition fait rage, notamment avec Virgin Galactic qui propose une expérience similaire de quelques minutes. En juillet encore, le milliardaire britannique Richard Branson a lui aussi volé vers l’espace à bord d’un vaisseau de sa compagnie. En septembre, SpaceX, la société d’Elon Musk, a de son côté envoyé quatre touristes spatiaux pendant trois jours en orbite autour de la Terre. Une mission autrement plus ambitieuse et plus coûteuse.

Nous en sommes seulement au début, mais quel début miraculeux. Et comme il est extraordinaire d’en faire partie», résumait William Shatner dans une vidéo publiée par Blue Origin la veille du décollage.

La série Star Trek, diffusée à partir de 1966 pour seulement trois saisons, relatait les aventures de l’USS Enterprise, lancé dans une mission d’exploration interstellaire. Jeff Bezos est amateur de science-fiction et fait partie des nombreux «trekkies» ou fans de la série de Star Trek. Il a même fait une apparition dans l’un des nombreux films dérivés de la série, méconnaissable sous un maquillage d’extraterrestre.

«Je suis bouleversé par l’accueil» des fans, confie William Shatner lors de la conférence de presse qui a suivi ce vol. «Le capitaine Kirk représente peut-être davantage l’ultime frontière que n’importe qui pour des générations, souligne le scénariste américain Marc Cushman. L’acteur et son personnage de fiction «étaient des symboles de l’intérêt croissant de la nation – et du monde – pour l’exploration spatiale.»

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Longtemps menée par les agences étatiques, cette conquête spatiale est aujourd’hui de plus en plus prise en charge par des entreprises privées. Et William Shatner en assure, à nouveau, la promotion.