Migrations

La capitaine Rackete suscite un vaste mouvement de solidarité

Les interventions se sont multipliées ces derniers jours en Allemagne pour demander la libération de la capitaine du Sea-Watch 3, arrêtée en Sicile pour avoir forcé le blocus italien anti-migrants

A Cologne, Munich ou Berlin, des centaines d’Allemands manifestent devant les consulats italiens pour demander la libération de la capitaine Carola Rackete, arrêtée ce week-end en Italie. Sur le Net, plus de 1 million d’euros ont été récoltés pour payer ses frais de justice: quatre ans après l’ouverture des frontières allemandes aux réfugiés, un nouvel élan de solidarité traverse l’Allemagne. Non sans contradictions.

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Carola Rackete, capitaine allemande de 31 ans du Sea-Watch 3, a participé à des opérations de sauvetage en Méditerranée depuis 2016. Samedi dernier, elle a décidé d’accoster à Lampedusa en Sicile, en dépit de l’interdiction des autorités italiennes. Elle errait alors en mer depuis deux semaines, avec à son bord 53 migrants recueillis sur un canot pneumatique, sans port pour les accueillir.

Elle a été aussitôt mise aux arrêts pour résistance et aide en faveur de l’immigration illégale. Les images de l’arrestation de la belle capitaine aux dreadlocks attachées en lourd chignon ont fait le tour des réseaux sociaux et la une des journaux. «Une vraie Européenne», titre le Frankfurter Rundschau, «la discrète rebelle», la surnomme le Spiegel.

«Qui sauve des vies ne peut être coupable.»

La société civile s’est levée pour demander sa libération. Une cagnotte sur le site Leetchi, lancée par deux animateurs de la télévision allemande, a recueilli en trois jours près de 930 000 euros auprès de plus de 33 000 donateurs, Allemands en majorité. Avec un slogan: «Qui sauve des vies ne peut être coupable.» En Italie aussi, une cagnotte a levé des milliers d’euros pour défendre la capitaine et son association.

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, est monté au créneau dimanche en fustigeant la manière dont l’Italie, «membre fondateur de l’Union européenne», a géré la situation. Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, a enchaîné en demandant la libération de Carola Rackete, «au terme d’une procédure fondée sur l’Etat de droit».

Même le monde économique s’est mobilisé pour la capitaine rebelle. Le PDG de Siemens, Joe Kaeser, a ainsi mis dos à dos les «personnes qui sauvent des vies qui ne devraient pas être arrêtées» et ceux qui «encouragent la haine et devraient l’être». «Qui sauve des vies ne devrait pas être criminalisé», a renchéri Frank Bsirske, leader du plus grand syndicat allemand, Verdi.

Réponse cinglante de Salvini

Côté italien, la réplique a été cinglante. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, membre de la Lega, a invité le président Steinmeier à «s’occuper de ce qui se passe en Allemagne». Le décret interdisant l’accès aux ports italiens devrait d’ailleurs être renforcé dans les prochains jours, avec une confiscation immédiate des navires qui enfreindront l’interdiction d’aider les migrants à entrer en Italie. Côté allemand, c’est l’extrême droite qui est venue au secours de Rome. Il est «scandaleux que le président fédéral critique l’Italie comme si c’était une république bananière», a commenté la vice-présidente du parti d’extrême droite AfD au Bundestag, Alice Weidel.

Pour le porte-parole de Sea-Watch, Ruben Neugebauer, le gouvernement allemand est aussi coupable. Les dons ont montré que «nous sommes soutenus par la société civile» et il y a clairement un «changement dans le débat politique». Pour autant, il est «temps de passer des paroles aux actes», a-t-il plaidé lors d’une conférence de presse à Berlin mardi. Les ports italiens sont fermés aux navires privés secourant les migrants depuis plus d’un an. Depuis, «le gouvernement aurait largement eu le temps de trouver une solution», estime-t-il.

Bientôt une «solution européenne»

Pendant la seule année 2019, 2277 personnes se sont noyées sur la route de l’immigration italienne, rappelle Dominik Bartsch, représentant de l’UNHCR en Allemagne, dans une interview au Rheinischen Post mardi. Au total, près de 15 000 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée depuis 2015.

Un porte-parole du ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a promis une prochaine «solution européenne». Les 28 négocient actuellement un accord sur les régimes temporaires de débarquement des migrants. Les négociations sur la réforme du droit d’asile et sur des quotas de répartition des réfugiés entre les pays membres patinent pourtant toujours.

En attendant, l’Allemagne a promis d’accueillir un tiers des migrants qui étaient à bord du Sea-Watch 3, soit une douzaine de personnes. La France pourrait en accueillir une dizaine, les autres iraient au Portugal, en Finlande et au Luxembourg.

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