Le Venezuela a annoncé, mercredi, l'expulsion de l'ambassadrice de l'Union européenne à Caracas en riposte à une nouvelle salve de sanctions de l'UE. «Aujourd'hui, sur décision du président Nicolas Maduro, nous avons remis en mains propres à Isabel Brilhante (...) une déclaration de persona non grata», a dit à la presse le ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, après une réunion avec la diplomate de nationalité portugaise.

«Il lui a été donné un délai de 72 heures pour quitter le territoire vénézuélien», a-t-il ajouté, dénonçant des sanctions européennes «illégales».

L'article du 30 juin 2020: Nicolas Maduro donne un ultimatum à l'ambassadrice de l'Union européenne

L'Union européenne a immédiatement demandé aux autorités vénézuéliennes de «revenir sur cette décision qui va accentuer l'isolement du Venezuela», a déclaré à l'Agence France-Presse (AFP) une porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. «Le Venezuela ne surmontera la crise actuelle que par la négociation et le dialogue. L'UE est prête à faciliter cela, mais une telle décision ne va pas aider», a souligné cette porte-parole, Nabila Massrali, depuis Bruxelles.

Le dialogue au point mort

L'UE a sanctionné lundi 19 responsables et hauts fonctionnaires vénézuéliens pour leur rôle dans des actes et décisions portant selon elle atteinte à la démocratie et à l'Etat de droit au Venezuela. La décision porte à 55 le nombre total de responsables et hauts fonctionnaires du gouvernement sanctionnés par l'UE, avec interdiction de voyager et gel des avoirs sur le territoire de l'Union.

Silencieux jusqu'ici, le président Nicolas Maduro s'est exprimé mercredi soir lors d'une allocution à la télévision d'Etat. «On n'avait pas envie de le faire, on le fait contre notre volonté parce qu'on voudrait avoir les meilleures relations qui soient avec l'Europe. Mais nous ne pouvons pas accepter que quelqu'un vienne attaquer le Venezuela, sanctionner le Venezuela», a-t-il dit.

«Soit vous rectifiez le tir, soit il n'y aura plus jamais d'accord de quelque nature que ce soit, plus de dialogue avec ces messieurs de l'Union européenne, pour que vous compreniez que le Venezuela est digne», a-t-il averti.

Des législatives vénézuéliennes dénoncées

Dès janvier, l'UE s'était dite prête à adopter de nouvelles sanctions ciblées, compte tenu de la détérioration de la situation au Venezuela à la suite des élections législatives du 6 décembre 2020 dont Bruxelles avait demandé, en vain, le report pour réunir les conditions permettant une participation de l'opposition.

A l'issue de ce scrutin, finalement boycotté par les principaux partis de l'opposition et dont les résultats n'ont pas été reconnus par les Etats-Unis, l'UE et plusieurs pays d'Amérique latine, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, au pouvoir) et ses alliés avaient remporté 256 des 277 sièges de l'Assemblée nationale.

Lire encore: L’Union européenne en ordre dispersé sur le Venezuela

Cette dernière avait été entre 2015 et 2020 la seule institution contrôlée par l'opposition, avec à sa tête l'opposant Juan Guaido, reconnu par plus d'une cinquantaine de pays comme président par intérim.

«L'arrogance du dictateur face à l'échec de la fraude (électorale) l'isole davantage du monde et entend entraîner le pays avec lui dans sa chute», a écrit Juan Guaido sur Twitter.

Une profonde crise politique et économique

Déjà le 29 juin 2020, après une précédente salve de sanctions européennes, Nicolas Maduro avait déjà déclaré persona non grata Isabel Brilhante et lui avait donné 72 heures pour quitter le pays. Toutefois, à l'expiration du délai, le gouvernement avait fait marche arrière, tout en demandant à l'UE «des gestes» en échange.

Le Venezuela, secoué par une profonde crise politique et confronté à la pire crise économique de son histoire récente, est devenu en 2017 le premier pays d'Amérique latine à être sanctionné par l'UE. Depuis trois ans, les Etats-Unis ont également multiplié les pressions diplomatiques et les sanctions économiques, dont un embargo sur le pétrole depuis 2019 pour évincer Nicolas Maduro du pouvoir. Sans succès.

L'ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, basé à Bogota, James Story, a estimé mercredi que «le régime est de plus en plus isolé». Il dit «regretter que l'ambassadrice de l'UE fasse partie des près de 6 millions de personnes expulsées du Venezuela par le régime», en référence à la vague migratoire de Vénézuéliens fuyant la crise politique et économique.