Venezuela

Caracas sur le qui-vive après une longue panne de courant

Une coupure d'électricité a eu des effets considérables dans le pays. Chaque camp appelle ses partisans à défiler

La tension montait à Caracas samedi où les deux dirigeants rivaux du Venezuela, Nicolas Maduro et Juan Guaido, ont appelé leurs partisans à défiler au lendemain d'une gigantesque panne d'électricité dont ils se rendent mutuellement responsables.

La capitale prenait progressivement dans la matinée les couleurs des partisans de chaque clan, blanc pour Guaido, rouge pour Maduro.

Une forte présence de la police munie d'équipement anti-émeutes a été déployée et des agents des services de renseignement patrouillaient avenue de la Victoria en centre-ville, où doit converger le défilé convoqué par Juan Guaido, a constaté l'AFP. 

«Il n'y a pas d'eau, pas de lumière, rien à manger, on n'en peut plus», s'énerve Jorge Lugo, qui vient du quartier de Santa Mónica, au sud-est de la ville, en brandissant un drapeau.

«Ils vont essayer de nous faire peur mais ils vont avoir une surprise: ils n'arriveront pas à contenir un peuple décidé à en finir avec l'usurpation» a twitté Juan Guaido, président par intérim autoproclamé, reconnu par une cinquantaine de pays depuis le 23 janvier.

Appel maintenu
Dans la nuit, des députés de l'opposition ont dénoncé l'arrestation de trois de leurs collaborateurs qui étaient en train de monter une estrade. Mais ils ont affirmé que l'appel à défiler était maintenu même sans estrade.

De son côté, le président Maduro a appelé à marcher à partir de 11h00 (15H00 GMT) et la télévision nationale montre l'acheminement de ses partisans en chemises rouges à bord de bus spéciaux. Sur Twitter, il a affirmé samedi matin qu' «une fois de plus l'impérialisme américain a sous-estimé la détermination du peuple vénézuélien».

Le chef de l'Etat, dont la réélection est contestée par l'opposition, a attribué la gigantesque panne électrique qui a paralysé le pays pendant près de 30 heures à un «sabotage cybernétique» fomenté par les Etats-Unis.

Décès dans les hôpitaux

L'électricité est revenue samedi matin dans la plupart des quartiers de Caracas et dans les Etats du centre-est du pays, mais la situation reste inchangée dans le reste du territoire, en particulier dans la zone pétrolière et très peuplée de Maracaïbo (ouest) et dans les zones intérieures qui ont passé une deuxième nuit dans le noir, selon les correspondants de l'AFP.

Les télécommunications, entièrement coupées - internet et réseaux cellulaires - commencent à se rétablir mais le métro de la capitale, qui transporte chaque jour près de deux millions de personnes, reste fermé.

Avec l'absence de courant et la suspension de la distribution de l'eau dans les immeubles, assurée par des pompes électriques, la situation sanitaire est devenue problématique. 

Les hôpitaux ont connu une situation dramatique, la plupart des établissements étant dépourvus de générateurs et ceux qui en avaient les ont réservés aux services d'urgence, sans empêcher des décès de leurs patients.

Devant un établissement de la capitale, José Lugo pleurait vendredi sa nièce Marielsi Aray, morte à 25 ans: les appareils respiratoires qui la maintenaient en vie avaient cessé de fonctionner.

Transactions stoppées
Cette panne a soumis l'économie du Venezuela, déjà très fragile, a de nouvelles tensions. Avec une inflation hors de contrôle, l'argent liquide est rare, faute de billets disponibles. Seules les transactions électroniques permettent de faire des achats, même pour du pain. Mais toutes ont été suspendues dès jeudi soir.

«J'appelle tout le peuple vénézuélien à s'exprimer massivement dans la rue contre le régime usurpateur, corrompu et incapable qui a plongé notre pays dans l'obscurité», avait appelé Juan Guaido.

Le gouvernement, sous pression depuis des semaines, a dénoncé «la guerre impérialiste sur l'électricité». Le ministre de la Défense Vladimir Padrino a qualifié la panne d'«agression délibérée» des Etats-Unis et a annoncé un «déploiement» de l'armée, sans plus de détails.

Le gouvernement vénézuélien a affirmé qu'il allait fournir à l'ONU «des preuves» d'une responsabilité de Washington dans la panne d'électricité géante. Ces informations seront remises à une délégation du Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme qui est attendue dans quelques jours à Caracas, a déclaré le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez.

L'origine de la coupure n'est pas encore connue. Des experts accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.

La compagnie vénézuélienne d'électricité Corpoelec a dénoncé un «sabotage» de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, la plus importante du pays et l'une des principales d'Amérique latine.

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