France

Le cardinal Barbarin, condamné pour son silence, va remettre sa démission au pape

Philippe Barbarin, 68 ans, a été condamné jeudi à 6 mois de prison avec sursis pour avoir omis de dénoncer des agressions pédophiles commises par un prêtre de son diocèse. Il a indiqué «prendre acte de la décision» 

Le cardinal Philippe Barbarin a été condamné jeudi matin par le Tribunal correctionnel de Lyon à 6 mois de prison avec sursis pour la non-dénonciation d’un prêtre coupable d’abus sexuels sur mineurs. En l’absence du cardinal, la présidente du tribunal, Brigitte Vernay, l’a «déclaré coupable de non-dénonciation de mauvais traitements» envers un mineur entre 2014 et 2015.

Philippe Barbarin, l’une des principales figures de l’Eglise catholique française, devient ainsi le troisième évêque condamné en France pour des faits similaires, après deux autres cas en 2001 et en 2018. Quelques heures après le jugement, le cardinal a annoncé qu'il allait remettre sa démission au Pape. «J'ai décidé d'aller voir le Saint Père pour lui remettre ma démission. Il me recevra dans quelques jours», a indiqué devant la presse l'archevêque de Lyon après avoir dit «prendre acte de la décision du tribunal». «Indépendamment de mon sort personnel, je tiens à redire toute ma compassion pour les victimes», a-t-il ajouté.

Les avocats du cardinal ont de leur côté indiqué leur intention de faire appel. «La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utiles», a indiqué Jean-Félix Luciani, en relevant qu’il «était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film… Ça pose de vraies questions sur le respect de la justice», a relevé l’avocat.

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«Un signal très fort à beaucoup de victimes»

Pour Yves Sauvayre, l’un des avocats des parties civiles, «le souffle donné dans cette audience a eu des conséquences». «La responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrées par ce jugement. C’est un symbole extraordinaire. Une grande émotion historique», a-t-il relevé.

L’un des plaignants, François Devaux, a qualifié cette condamnation de «grande victoire pour la protection de l’enfance». «Cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu’elles sont entendues, écoutées et reconnues», a ajouté le cofondateur de l’association de victimes La parole libérée, estimant qu’il s’agissait de «l’aboutissement d’un long parcours pour qu’émerge une prise de conscience».

Peur du «scandale»

Le jugement, dont l’AFP a obtenu une copie, est très sévère à l’égard de Mgr Barbarin: «Alors même que ses fonctions lui donnaient accès à toutes les informations et qu’il avait la capacité de les analyser et les communiquer utilement, Philippe Barbarin a fait le choix en conscience, pour préserver l’institution à laquelle il appartient, de ne pas les transmettre à la justice.»

«En voulant éviter le scandale, causé par les faits d’abus sexuels multiples commis par un prêtre, mais sans doute aussi par la mise à jour de décisions bien peu adéquates prises par les évêques qui le précédaient, Philippe Barbarin a préféré prendre le risque d’empêcher la découverte de très nombreuses victimes d’abus sexuels par la justice, et d’interdire l’expression de leur douleur», poursuit le jugement.

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Pas de condamnation pour les cinq autres prévenus

Lors du procès, le parquet n’avait requis aucune condamnation à l’encontre de l’homme d’Eglise. Cette décision était dans la logique du classement sans suite de l’affaire, décidée par le parquet à l’été 2016 après une enquête préliminaire sur les mêmes faits. Depuis, les plaignants avaient lancé une procédure de citation directe afin d’obtenir un procès.

Les six personnes mises en cause étaient poursuivies pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans». Des abus, antérieurs à 1991, imputés au Père Bernard Preynat, qui n’a pas encore été jugé.

Pour les cinq autres prévenus, le tribunal a considéré que les faits étaient, selon les cas, soit pas constitués soit prescrits et n’a donc pas prononcé de condamnation à leur encontre.

Le cardinal Barbarin et Régine Maire, ancienne bénévole du diocèse de Lyon, étaient aussi poursuivis pour «omission de porter secours»: on leur reprochait d’avoir laissé Preynat au contact d’enfants, dans l’exercice de ses fonctions, jusqu’en septembre 2015.

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