Délits sexuels

Le cardinal George Pell fera face aux juges australiens

Tandis que le pape François opère un virage sur le dossier de la pédophilie, un de ses anciens conseillers, George Pell, 76 ans, sera prochainement jugé pour «agressions sexuelles»

Un communiqué très laconique, à peine deux lignes, dans la tradition du Vatican quand les histoires sont embarrassantes. A Rome, mardi, le Saint-Siège, selon les termes utilisés, a donc «pris note de la décision rendue publique par les autorités judiciaires en Australie. L’an passé, le Saint-Père avait accordé un congé au cardinal Pell pour qu’il puisse se défendre».

Quelques heures auparavant, la justice australienne avait fait savoir que l’ex-numéro trois de la curie romaine et grande figure du catholicisme du pays serait jugé pour des faits d’agressions sexuelles, la date du procès devant être fixée de manière imminente. Jamais un prélat de si haut rang n’avait été inquiété par la justice pour de telles accusations.

Droit dans ses bottes

«Le cardinal Pell ne pourra pas bénéficier de l’immunité diplomatique; c’est ce que sous-entend le communiqué du Vatican», estime le vaticaniste italien Iacopo Scaramuzzi. L’ancien «ministre des Finances» du Vatican, personnalité influente, avait quitté provisoirement ses fonctions en juillet 2017, contraint de rentrer dans son pays pour répondre d’accusations d’abus sexuels dont il fait l’objet depuis plusieurs années. Selon des sources informées, il est très peu vraisemblable que George Pell reprenne un jour ses fonctions au Vatican.

Droit dans ses bottes, le prélat a décidé de plaider non coupable, niant les faits qui lui sont reprochés. Au terme d’un mois d’auditions, le tribunal de Melbourne a cependant écarté plusieurs charges contre lui, les plaignants n’étant pas crédibles aux yeux de la justice australienne. Pour le moment, en raison de la procédure, les détails des faits reprochés au cardinal ne sont pas connus. Le pape François a choisi, de son côté, de garder le silence en affirmant qu’il s'exprimerait «quand la justice aura parlé».

Très conservateur, George Pell avait pris une place importante au sein de la curie romaine au début du pontificat de François, assainissant les finances parfois douteuses du Vatican. «Il a joué un rôle dans son élection», estime Iacopo Scaramuzzi. De fait, le cardinal australien n’est pas du tout sur la même ligne que François, s’opposant même à ses réformes.

Virage majeur

Sans nul doute, le Vatican demeurera discret dans l’affaire Pell. A la suite de son désastreux voyage au Chili en janvier, le pape François a opéré un virage majeur sur la question de la pédophilie. La semaine dernière, il a reçu très longuement trois victimes du prêtre chilien Fernando Karadima, figure marquante dans son pays avant de tomber pour des faits de pédophilie.

Plusieurs victimes de ce prêtre avaient accusé des membres de la hiérarchie catholique chilienne d’avoir couvert Karadima, mettant particulièrement en cause l’évêque Juan Barros. Lors de son déplacement au Chili, le pape lui avait pourtant apporté un soutien inconditionnel, provoquant une immense polémique.

Sous le coup de très nombreuses critiques, et cela même dans des cercles qui lui sont proches tels que les jésuites, le pape a opéré un revirement remarqué dans l’affaire Karadima-Barros. Il a d’abord chargé un homme de confiance, l’archevêque maltais Charles Scicluna, d’une enquête sur place. A la lumière de ses conclusions, François a fait spectaculairement amende honorable dans une lettre envoyée, le 8 avril dernier, aux évêques chiliens. «Cela me cause beaucoup de douleur et de honte», écrivait-il, reconnaissant avoir commis de «graves erreurs d’évaluation et de perception». Un ton peu habituel dans la bouche d’un pape…

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