La route de Carla Del Ponte sur la voie des arrestations des présumés criminels de guerres serbes est sinueuse. Le mois dernier, le procureur du Tribunal pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) était à Belgrade. La semaine dernière, elle passait par le Monténégro. Lundi, accompagnée du président du Tribunal, le Français Claude Jorda, elle a fait étape à Bruxelles. Le matin, elle y a rencontré George Robertson, secrétaire général de l'OTAN. Carla Del Ponte voulait notamment obtenir de l'organisation des documents prouvant qu'elle avait informé Slobodan Milosevic du bombardement du bâtiment de la RTS, la radiotélévision serbe. L'attaque avait fait 16 morts. A Belgrade, Carla Del Ponte s'était engagée auprès des familles des victimes à leur fournir ces preuves qui permettraient à leurs avocats d'attaquer l'ancien président en justice. Mais le procureur est rentrée bredouille à La Haye.

Dans l'après-midi, Carla Del Ponte et le président du TPIY ont eu un entretien avec le président de la Commission européenne, Romano Prodi. Sur l'agenda, le soutien de l'Union européenne à Belgrade, une semaine avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des Quinze. Car si toutes les capitales s'accordent, en public, pour dire que Belgrade doit coopérer avec le Tribunal, il n'en va pas de même des méthodes employées. Washington lie ouvertement l'aide financière à la coopération, et a même fixé une date limite après laquelle le robinet à crédits sera fermé: le 1er mars prochain. «Nous avons une approche plus nuancée», affirmait hier un proche de Romano Prodi, avec un soupçon de condescendance. L'Union, qui est prête à verser 200 millions d'euros à la République fédérale de Yougoslavie en 2001, ne veut pas de ce type de marchandage. Voilà pourquoi, dans leur déclaration, les ministres des Quinze «exhorteront» Belgrade à coopérer avec le TPIY, sans accompagner cette demande d'une menace explicite de suspension des crédits.

En attendant, Carla Del Ponte pratique aussi l'art de la sémantique. Elle n'exige plus que Milosevic lui soit livré sur le champ. Elle admet implicitement l'argument de Belgrade selon lequel la Constitution interdit l'extradition d'un citoyen serbe. Mais elle demande une modification rapide de la loi et la livraison, sans tarder, des accusés bosno-serbes qui ne sont pas, eux, protégés par la Constitution. Et Ratko Mladic le premier. D'ailleurs, affirme-t-elle, «un ministre serbe m'affirmait récemment l'avoir croisé dans un restaurant de Belgrade». Si rien ne se passe, le TPI réclamera en mai prochain des sanctions contre Belgrade au Conseil de sécurité.