Forum économique de Davos

Carlos Alvarado: «L’abolition de notre armée a eu un énorme impact sur le développement humain»

Le président du Costa Rica, 38 ans, maintient que la décision prise en 1948 est la bonne, même si les pays voisins d’Amérique centrale sont dans une phase de profonde instabilité. Un choix qui résonne en Suisse, où 35,6% des votants avaient approuvé l’abolition de l’armée en 1989

Le Costa Rica, pays de moins de 5 millions d’habitants en Amérique centrale, n’est pas un Etat ordinaire. Il produit déjà près de 98% de son électricité avec des énergies renouvelables. Son président, Carlos Alvarado, 38 ans, veut présenter son pays comme le laboratoire de la décarbonisation de l’économie. D’ici à 2021, il espère faire du Costa Rica la première économie entièrement décarbonisée. A Davos, Carlos Alvarado est venu plaider la cause du climat. Dans les couloirs du Forum économique mondial, il a toutefois rapidement expliqué au Temps les bénéfices d’être un pays sans armée. Un choix qui résonne en Suisse. En 1989, 35,6% des Suisses avaient approuvé l’initiative «Pour une Suisse sans armée», provoquant une onde de choc dans le pays.

Le Costa Rica a aboli son armée en 1948. Est-ce un choix que vous assumez toujours aujourd’hui?

Oui, le Costa Rica a aboli son armée voici 70 ans, peu après un conflit. A l’époque, beaucoup disaient que ce serait impossible. C’était peu après la Seconde Guerre mondiale. L’Amérique latine était le théâtre de nombreux conflits et soumise à plusieurs dictatures. Aujourd’hui toutefois, je peux le dire: abolir l’armée fut la bonne décision. Actuellement, nous comptons sur le multilatéralisme et la diplomatie pour résoudre nos problèmes. Nous tenons fermement à l’Etat de droit.

A quoi servent les ressources non dépensées dans le secteur militaire?

Tous les investissements qui allaient auparavant dans le secteur militaire sont désormais consacrés à l’éducation. Une récente étude de l’Université du Costa Rica montre que l’abolition de l’armée a permis un retour majeur sur investissement et a eu un impact considérable sur le développement humain. Maintenant, le fait de vivre sans armée est ancré dans notre culture, dans nos gènes. Nous croyons en la paix et le multilatéralisme. Nous avons désormais un autre objectif: éliminer tout recours aux énergies fossiles. Il y a 70 ans, nous pensions que la paix était la voie à suivre. Désormais, nous pensons que le monde exige de nous que nous nous débarrassions des énergies fossiles.

Publicité