Ils étaient des centaines de jeunes hommes à faire la queue pour s'engager dans la police, mardi matin à 9 h 30, quand une voiture piégée a explosé devant le commissariat d'Iskandariya, à 45 km au sud de Bagdad, dans la rue principale qui mène à la capitale irakienne. Bilan: au moins 55 personnes tuées et 67 blessées, souvent très grièvement. Un peu plus tard dans la journée, ce sont quatre officiers de la police circulant en voiture qui ont été tués par un engin piégé à Zayyouna, à l'est de Bagdad. Enfin, à Mossoul, à 400 km au nord de la capitale, un policier a été tué et deux autres blessés par des inconnus qui, à bord de deux voitures, ont ouvert le feu sur un pick-up de la police dans le quartier de Hay Saoma. Presque au même moment, le chef de la police de Mossoul, le lieutenant-colonel Hussein Ali, a été assassiné devant son domicile, atteint de trois balles à la tête et à l'estomac.

Selon le chef de la police irakienne, Ahmad Kazem Ibrahim, 604 policiers ont été tués dans des attentats ou au cours d'opérations contre la criminalité depuis que ce corps a été reformé par les forces de la coalition, après la chute du régime de Saddam Hussein, en avril 2003. Le ministre de l'Intérieur Nouri Badrane avait indiqué fin janvier que quelque 300 policiers avaient été tués et des centaines d'autres blessés par des attaques depuis la chute du régime.

Sur les lieux de l'attentat d'Iskandariya, un photographe de l'AFP a décrit un profond cratère dans le sol, à environ 25 mètres du commissariat, dont le bâtiment s'est effondré. Le tribunal, le département d'état civil ont été endommagés, trois habitations et une quinzaine de voitures ont été détruites.

«J'ai vu une boule de feu, j'ai perdu connaissance, je me suis réveillé pour trouver les Américains autour de moi», a raconté Kadoum Hamid, 37 ans, blessé à la poitrine, depuis son lit d'hôpital. «J'ai vu des corps qui me tombaient dessus, je ne savais pas s'ils étaient vivants ou morts. Les blessés gémissaient, puis j'ai vu les soldats américains. J'ai eu peur qu'ils me tirent dessus, mais ils m'ont soigné», a expliqué le sergent Abdelamir Saadi, 23 ans.

Les soldats américains se sont très vite déployés sur place, établissant des barrages et bouclant la zone de l'attentat. Selon le colonel américain Doug Mubari, de la 82e division aéroportée américaine, l'explosion serait due à une voiture piégée, «un pick-up Toyota chargé d'une grande quantité d'explosifs». Selon lui, l'attentat ne visait pas spécialement la police: «Ceux qui ont fait cela, je ne sais pas qui, attaquent des personnes innocentes. La cible n'était pas la police», a-t-il affirmé.

Le témoignage d'un blessé vient contredire cette version: Jaber Sader Kachkoul, 29 ans, la tête couverte d'un bandage, racontait mardi que les explosifs étaient dans une carcasse de voiture sans pneus ni portières, qui était stationnée à proximité. «Mon ami m'a demandé ce qu'elle faisait là, puis elle a explosé», a-t-il confié.

Le chef de la police irakienne, Ahmad Kazem Ibrahim, a très vite lancé une accusation: «L'auteur ne peut être qu'un étranger car l'opération a visé uniquement des civils irakiens», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le général Ibrahim a précisé qu'à deux exceptions près (un avocat et un gardien d'une habitation privée), toutes les victimes sont des aspirants policiers, souvent venus là pour échapper au chômage. Malgré la cible que sont devenus les policiers depuis plusieurs mois, de très nombreux candidats se font connaître à chaque opération de recrutement à travers tout le pays.

Autre incident de la journée de mardi: à Bagdad, un bâtiment névralgique, situé dans le centre opérationnel de la coalition, a été fermé une partie de la journée, après une alerte déclenchée lors d'un contrôle de routine mené par des maîtres-chiens policiers. L'accès au Centre de convention a été fermé alors que le personnel était évacué, mais il s'agissait d'une fausse alerte.

Pendant ce temps, à Bagdad, la mission d'experts de l'ONU chargée d'étudier la faisabilité d'élections directes rencontrait des experts internationaux et des membres de la société civile irakienne. «Nous avançons selon nos plans», a indiqué le porte-parole, Ahmad Fawzi.

A Najaf enfin, ville sainte au sud de Bagdad, des milliers de chiites ont manifesté leur soutien à l'ayatollah Ali Sistani, principale figure de cette communauté, qui réclame la tenue d'élections directes pour la désignation d'une assemblée transitoire.