En fin diplomate, Kofi Annan a donc félicité «chaleureusement le président George W. Bush pour sa réélection» et le peuple américain «pour la leçon impressionnante de démocratie qu'il a donnée avec sa participation sans précédent». Dont acte. Dans les organisations genevoises, on applaudit naturellement les propos du secrétaire général des Nations unies. Mais en aparté, on ne cache pas ses inquiétudes pour l'avenir du multilatéralisme, dont Genève est le dernier rempart mondial. «Jamais les Américains n'ont aussi peu joué le jeu des négociations multilatérales», entend-on dire de toutes parts. Kofi Annan, qui doit sans cesse composer avec les décisions unilatérales des Etats-Unis et l'hostilité des autres membres des Nations unies, marche plus que jamais sur la corde raide.

«Les élections américaines n'ont que peu d'influence sur l'OMC, les Etats-Unis ayant toujours fini par soutenir l'approfondissement des échanges quels que soient leur président et leurs conflits commerciaux avec leurs concurrents», assurait le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Supachai Panitchpakdi, la veille du grand rendez-vous américain. On pourra tester cette volonté dès le prochain forum de Davos, en janvier prochain, lors du mini-sommet ministériel que l'organisation entend tenir afin de conforter les espoirs suscités par «l'accord de juillet» 2004 et débloquer l'agenda de Doha paralysé depuis la rencontre de Cancun l'an dernier, comme on dit dans le jargon maison.

C'est en effet au pied du mur qu'on verra le maçon. La savante terminologie calendaire propre à l'OMC ne doit pas cacher que le véritable enjeu du moment tourne autour de la succession de Supachai Panitchpakdi. Le dépôt des candidatures sera clos le 31 décembre. Les couteaux sont tirés. Le Brésil a lancé dans la bataille son ambassadeur à Genève, Luis Felipe de Seixas Correa, pour barrer la route à l'Uruguayen Carlos Perez del Castillo, qui a le soutien du Mercosur et de l'Amérique centrale. Le ministre mauricien du Commerce, Jayen Cuttaree, qui résume à lui seul l'habileté proverbiale des Mauriciens, est lui aussi entré en lice.

Mais c'est surtout le nom de l'ancien commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy, qui est avancé en coulisses. On le sait dans les bons papiers de l'équipe Bush, à tel point qu'on parle d'un deal entre lui et le négociateur américain Robert Zoellick: le Français prendrait la tête de l'OMC avec la bénédiction américaine tandis que le second s'installerait dans le fauteuil présidentiel de la Banque mondiale, en remplacement de James D. Wolfensohn, sur le départ.

Bonne nouvelle pour celles et ceux que les progrès du libéralisme à l'américaine inquiètent: les politiques pour améliorer la sécurité du marché du travail sont efficaces, assure une des dernières études du Bureau international du travail (BIT). En d'autres termes, l'argent dépensé en formation et en création d'emplois est utile. Les pays qui dépensent le plus pour protéger leurs travailleurs des effets négatifs de la mondialisation sont européens (Belgique, Danemark, Irlande, Pays-Bas, Suède, France et Allemagne) avec plus de 1,5% du PIB et ceux qui dépensent le moins sont les Etats-Unis et le Japon (0,2% du PIB). Ces politiques actives ont un effet positif sur le bien-être des travailleurs mais aussi sur «l'économie dans son ensemble, en engendrant un cercle vertueux sur les plans macro et micro-économiques». CQFD.

Vous ne le saviez pas: le 6 novembre était la journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en période de guerre et de conflits armés. L'appellation est longue et triste comme un jour sans pain. Mais elle veut rappeler que la nature est la victime silencieuse de la guerre: 35% de forêts dévastées lors de la guerre du Cambodge, des milliards de litres de pétrole déversés dans l'eau lors de la première guerre du Golfe.