Cyclistes genevois, attention! N'écrasez pas un président quand vous roulez illégalement sur les trottoirs. La semaine dernière par exemple, on pouvait croiser par hasard dans les rues Basses le nouveau président sénégalais, Abdullah Wade, de passage quarante-huit heures en Suisse pour une visite privée. Genève n'est pas tout à fait inconnue pour le chef d'Etat africain, dont la fille travaille dans l'une des banques de la place.

Décidément, la Suisse stimule la fibre littéraire des consuls de France. On connaît le cas de Romain Gary qui descendait dans la Fosse aux ours de Berne pour tromper son ennui. Claude Fouquet, l'ancien consul général de France à Genève, vient lui aussi de publier un livre (Délires et défaites, chez Albin Michel). Mais pas par ennui de la Suisse. Au contraire, notre pays prend souvent valeur d'exemple dans son livre décoiffant, inclassable, sur les errements des élites françaises et les impostures de l'histoire de France. On a pu le revoir à Genève au dernier Salon du Livre et plus récemment au Cercle français pour présenter son «histoire intellectuelle de l'exception française».

Un 25e anniversaire, celui des Accords d'Helsinki, signés en 1975, et qui ont amorcé la fin de la guerre froide et créé l'Organisation de la sécurité et de la coopération en Europe (OSCE) qui a permis à la Suisse de s'affirmer sur la scène diplomatique. Vladimir Petrovsky, le directeur général des Nations unies à Genève, a rappelé cet événement et souligné le rôle de la Suisse dans ce cadre au brunch du 1er Août organisé à la Perle du Lac par le Conseil d'Etat genevois.

On fête aussi cet été le dixième anniversaire des sanctions contre l'Irak ainsi que le premier anniversaire du Pacte de stabilité et des sanctions contre la Yougoslavie. Pour resserrer les rangs de boycotteurs de moins en moins convaincus, Washington multiplie les déclarations fracassantes. Sa cheffe de la diplomatie, Madeleine Albright, a ainsi réaffirmé que les Etats-Unis devaient maintenir fermement leur résolution d'embargo contre l'Irak afin de forcer Saddam Hussein à lever le siège qu'il impose à son peuple – alors que l'embargo produit l'effet inverse: il accable le peuple et ne fait que renforcer le pouvoir de son dictateur. Pour la Yougoslavie, c'est Richard Holbrooke qui déclare vouloir expulser les Yougoslaves de l'ONU dès cet automne et vouloir «en faire une affaire».

Voilà qui ne doit guère faciliter la tâche de ceux qui essaient de ramener la paix au Kosovo, où un pacte contre la violence vient d'être signé entre les différentes communautés. Après les missiles humanitaires, voici venu le temps des bombes verbales. Il est vrai que ces dernières sont toujours plus faciles à lâcher que les messages de paix.

En diplomatie, tout est dans la manière. L'échec ou le succès dépendent de la façon de présenter les choses. Fin juillet, pendant que les négociations de Camp David sur Jérusalem tournaient au vinaigre dans la consternation générale, les pourparlers sur Chypre à Genève finissaient eux aussi en eau de boudin… mais sans qu'on le sache! Et dans un tel flou artistique qu'on pouvait presque avoir l'impression que les négociations s'achevaient par des progrès substantiels. Tout cela, grâce à l'art d'enrober et aux élégances d'Alvaro de Soto, le responsable des Nations unies chargé d'accorder les violons entre Grecs et Turcs.

Les grands diplomates sont comme les grands militaires. Quand le sort d'une bataille est indécis, la victoire revient souvent à celui qui a le culot de s'affirmer vainqueur en premier.

Un milliard de dollars: c'est ce que cherchent les Nations unies à New York pour réparer le siège de l'Organisation, dont le toit fuit, les protections incendie manquent et les murs suintent l'amiante. Pour le moment, aucun des 188 pays membres n'a versé son écot. Et le Congrès américain, qui avait voté un crédit sans intérêt de 65 millions de dollars en 1948 pour construire l'immeuble, n'a manifestement aucune intention de renouveler son geste.