Deux informations intéressantes en marge de la session officielle des droits de l'homme. La première nous vient de l'avocat chilien de la famille d'Alexis Jaccard, cet étudiant genevois qui avait été enlevé en 1976 à Buenos Aires par les généraux argentins pour le compte de Pinochet (l'Université de Genève va d'ailleurs donner son nom à l'une de ses aulas). Hugo Gutierrez était en effet à Genève le 14 avril et a profité de son passage pour donner quelques informations sur les poursuites engagées contre l'ancien dictateur chilien. A son avis, la complexité du système juridique anglais, qui donne le droit à la défense d'instruire et de réfuter chaque cas de torture et de disparition, est telle que Pinochet risque fort de finir ses jours à Londres avant que la procédure d'extradition aboutisse.

La seconde information nous vient d'une avocate des droits de l'homme guatémaltèque qui gère depuis trente ans un bureau sans but lucratif en Californie afin d'aider les immigrants sud-américains qui franchissent illégalement la frontière mexicaine pour chercher du travail aux Etats-Unis. Claudia Smith, c'est son nom, dénonce la nouvelle politique frontalière américaine, qui consiste à surveiller les points de passage les plus faciles et à laisser les zones désertiques ou dangereuses, comme la basse-Californie, sans surveillance. Résultat: 389 morts de soif dans le désert ou par noyade dans les rivières depuis trois ans. On s'en doute, la nouvelle n'a pas fait la une de la presse américaine.

Avec la pluie qui tombe sans interruption depuis des semaines, vous avez sans doute passé à côté de la journée mondiale de l'eau, le 22 mars dernier. Le sujet est pourtant d'importance. L'Unesco et l'Organisation mondiale de la météorologie ont rappelé que le manque d'eau frappera 34 pays et près d'un milliard de personnes dans un quart de siècle. Même la côte ouest des Etats-Unis sera affectée.

La nouvelle guerre des Balkans met les Nations unies sens dessus dessous. Le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Unicef (enfance) et le HCR (réfugiés) admettent avoir été laissés sur la touche par l'OTAN, qui revendique désormais un rôle humanitaire à la place des organisations spécialisées. Trois semaines après le début des bombardements, les organisations humanitaires n'arrivaient toujours pas à coordonner leurs activités sur le terrain. Carol Bellamy, patronne de l'Unicef, a protesté auprès de l'OTAN après le déplacement forcé de 150 enfants d'un camp de Macédoine. MSF et d'autres ONG ont fait de même.

La semaine dernière, la polémique a d'ailleurs atteint le porte-parole du HCR, Kris Janowski. Interrogé par l'Agence télégraphique suisse à propos de la mission à Belgrade du chef de la Direction de développement et de la coopération, l'ambassadeur suisse Walter Fust, Kris Janowski a émis une réponse ambiguë, du genre «Que les Suisses y aillent si ça leur chante…» L'ATS a fidèlement rapporté l'information. Emoi à Berne, qui a appelé le HCR. Lequel a démenti en dénonçant une erreur des journalistes de l'ATS. Dont la direction, verbatim à l'appui, a protesté à son tour auprès du HCR. Bref, un imbroglio total que Kris Janowski, pourtant apprécié des médias, n'a pas résolu en faisant remarquer que, de son point de vue, les victimes des bombes de l'OTAN n'étaient pas tout à fait égales aux victimes des bombes serbes…

L'OMS fait la chasse aux francophones, avions-nous affirmé dans notre dernière chronique. Cette nouvelle a fait bondir Jonas Store, le chef de cabinet de Mme Brundtland, qui a répliqué en indiquant qu'il parlait aussi le français et qu'il était donc, à ce titre, également francophone. Dont acte. Mais cela n'a pas empêché la direction de l'OMS de nommer ces derniers jours trois nouveaux hauts responsables non francophones, dont deux Américains. Quant à la promotion des femmes, justement évoquée par Jonas Store, elle ne concerne en tout cas pas les francophones puisque deux Françaises viennent d'être écartées du siège genevois. Le problème semble en tout cas avoir été pris au sérieux par les ambassadeurs des pays francophones, qui se sont inquiétés de cet ostracisme auprès de Mme Brundtland.