Inventer un avenir meilleur, tel est le titre du rapport que l'InterAcademy Council, une ONG basée à Amsterdam qui regroupe 15 académies nationales des sciences, vient de remettre au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Ce rapport fait ressortir le fait qu'aucune nation, et en particulier les nations pauvres, ne peut se passer d'une capacité fiable et indépendante en matière de science et de technologie. Augmenter la capacité des pays les plus pauvres en recherche et développement est une nécessité et non un luxe, estiment les auteurs, qui pointent du doigt les énormes différences entre les pays de «l'avoir» et les pays du «non-avoir», qui s'expriment avec éclat dans les budgets de recherche: de 1,5 à 3,8% du PNB dans les pays industrialisés contre 1,2% pour l'Inde, 0,9 pour le Brésil, 0,7 pour la Chine et moins de 0,5 pour les pays en développement. C'est ainsi que se crée le cercle vicieux qui fait que les pays pauvres privés de R & D accumulent leur retard tandis que ceux qui ont les moyens en argent et en personnel qualifié exploitent toujours plus intensément les connaissances et les technologies nouvelles.

Dans un autre registre, mais tout aussi intéressant, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) vient de concevoir un indice des risques de catastrophes naturelles. Ce DRI, selon l'acronyme anglais, doit servir à réduire le nombre de victimes des désastres naturels et leurs dommages économiques collatéraux en fournissant d'utiles instruments de prévention aux gouvernements. Il a été constitué après l'étude systématique de tous les tremblements de terre, cyclones, inondations et sécheresses qui ont ravagé la planète entre 1980 et 2000. Un milliard de personnes dans une centaine de pays sont menacées en permanence alors que les pertes économiques ont triplé lors de la dernière décennie, passant de 220 millions de dollars durant la décennie 1980 à 660 durant la décennie 1990.

Toujours dans le même esprit, Kofi Annan vient de rappeler l'urgence du combat contre la pauvreté et la faim aux ambassadeurs permanents des pays membres des Nations unies. Le panel de haut niveau constitué en novembre dernier pour examiner les grandes menaces du XXIe siècle – terrorisme international, faim et pauvreté, épidémies, génocides et mauvaise gouvernance – devrait bientôt livrer ses recommandations. Une petite question paradoxale surgit à ce propos: pourquoi créer des panels et des fonds contre la faim, alors qu'on ne fait rien pour que les paysans des pays pauvres continuent à cultiver leurs terres et n'émigrent pas vers les banlieues misérables de mégapoles insalubres où ils vont grossir les rangs des chômeurs affamés?

En attendant l'arrivée de sa nouvelle cheffe Louise Arbour et devançant les débats passionnés entre Patrice Mugny et Dieudonné sur l'antisémitisme et la censure, le haut-commissaire pour les droits de l'homme par intérim, Bertrand Ramcharan, a lancé début février un appel en faveur de nouvelles mesures visant à prévenir le génocide, le nettoyage ethnique ainsi que la propagation de la haine par le biais d'Internet. «L'élimination de la discrimination est un objectif qui ne saurait se satisfaire simplement de nobles déclarations, mais qui exige une action préventive et déterminée», a-t-il précisé. A Genève en tout cas, il a été entendu au-delà de toute espérance!