Alors que les effets du raz de marée commencent à s'estomper en Asie du Sud et que l'urgence cède peu à peu le pas à la reconstruction, le monde va devoir apprendre à gérer les conséquences du tsunami humanitaire sans précédent qui a déferlé sur la planète. L'émergence d'une conscience et d'une solidarité planétaires est une (excellente) chose, la gestion correcte des fonds récoltés en est une autre, beaucoup plus complexe et déterminante pour l'accueil qui sera réservé aux catastrophes futures. C'est le défi numéro un que les Nations unies, les Etats et les innombrables ONG humanitaires qui ont bénéficié de la générosité universelle devront relever dans les prochaines années.

Car le meilleur côtoie le pire, comme d'habitude. Pour une organisation comme Médecins sans frontières (MSF) qui signale qu'elle n'a plus besoin de dons pour l'Asie et rend attentif aux autres catastrophes humanitaires dans le monde, combien de machines à cash qui capitalisent sur l'émotion du moment pour amasser des fonds que l'on ne pourra plus ensuite affecter là où seront les urgences et combien de pays qui rivalisent de dons pour figurer en tête du hit-parade de la générosité? Signe encourageant, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), qui est l'organisme international de première ligne en matière de secours d'urgence, a très vite et bien réagi. Non seulement pour l'efficacité de la coordination entre les différentes agences onusiennes, mais aussi pour sa transparence, la précision de l'information, et les mises en garde courageuses de son patron, Jan Egeland.

Pour mémoire, on rappellera les statistiques que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans son Rapport sur les catastrophes dans le monde en 2004: 428 catastrophes naturelles et accidents technologiques par an en moyenne entre 1994 et 1998 contre 707 par an entre 1999 et 2003, avec une augmentation de 142% dans les pays les plus pauvres. Si les inondations et les ouragans ont tendance à moins tuer (77 000 morts en 2003) grâce à une meilleure prévention, les famines et les sécheresses sont les phénomènes les plus meurtriers avec 275 000 victimes. Le nombre de personnes affectées (réfugiés surtout) par les accidents naturels et technologiques a en revanche augmenté de 40% entre 1994 et 2003 (303 millions de personnes pour les années 1999 à 2003). Resteront-ils exclus des 4 milliards de dollars de fonds gouvernementaux et de dons privés récoltés pour les victimes du raz de marée?

Une petite somme peut d'ailleurs faire des miracles. N'oublions pas que l'année 2005, à côté du sport et de la physique, est aussi l'année internationale du microcrédit. Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, rappelle, exemples à l'appui, comment 100 dollars peuvent «transformer l'économie», d'un commerce familial de fleurs aux Philippines à l'artisanat sur bois au Mozambique. Microépargne, microfinancement, microassurance, la microéconomie commence avec des prêts de 25 dollars. Avec des retours sur investissements qui devraient faire frémir de jalousie nos banquiers (entre 117 et 747% par an selon une étude sur des microentreprises au Kenya).