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Le cas Timochenko inquiète les Vingt-Sept

A un peu plus d’un mois du début de l’Euro de football, le ton monte entre l’Union européenne et le gouvernement ukrainien, accusé de mener une répression politique contre l’opposante et ex-première ministre Ioulia Timochenko. Certains diplomates européens menacent de boycotter la compétition

Alors que le soleil brille à Kiev et que le mercure approche les 30 degrés, au niveau diplomatique, les nuages s’amoncellent au-dessus de la tête du président Viktor Ianoukovitch, accusé par l’Union européenne (UE) de mener des «procès politiques» contre l’opposition. En particulier contre sa vieille rivale Ioulia Timochenko, qu’il avait écartée de la course à la présidentielle en février 2010. L’égérie de la Révolution orange purge déjà une peine de 7 ans de prison pour abus de pouvoir, et elle doit répondre de nouvelles accusations de fraudes fiscales lorsqu’elle était à la tête d’une société de distribution de gaz dans les années 1990.

Emprisonnée dans un pénitencier de la ville de Kharkiv (est), Ioulia Timochenko a, selon sa fille, cessé de s’alimenter depuis le 20 avril dernier. «Maman est en grève de la faim depuis douze jours. Nous sommes très inquiets pour sa santé. Nous ne savons pas ce qui peut lui arriver», a déclaré Evguenia Timochenko. L’opposante, qui se plaint de douleurs au dos depuis des semaines, affirme avoir subi des violences lors d’un transfert forcé à l’hôpital. Sur des photos diffusées la semaine dernière sur son compte Facebook, Ioulia Timochenko pose devant l’objectif avec des hématomes sur les bras et le ventre. «La forme et la localisation de ces ecchymoses indiquent qu’elles sont apparues avec des pressions ou des coups contre des objets solides, a indiqué Vadym Horan, du Bureau du procureur général de la région de Kharkiv. Notre enquête n’a donc pas confirmé les déclarations de Ioulia Timochenko.» Des explications qui sont loin de convaincre les Européens tant le climat s’est détérioré entre Kiev et Bruxelles.

L’UE le répète depuis des semaines: la ratification de l’accord d’association signée avec l’Ukraine le 30 mars dernier est conditionnée au «respect de l’Etat de droit». L’Allemagne, qui a longtemps tenu un rôle de médiateur, envoyant à plusieurs reprises des médecins indépendants ausculter l’ancienne première ministre, puis proposant de la soigner sur son territoire, a décidé de hausser le ton. Le nouveau président, Joachim Gauck, a renoncé la semaine dernière à se rendre à Yalta les 11 et 12 mai prochains, à l’occasion d’une réunion des chefs d’Etat d’Europe de l’Est.

Plus significatif encore, selon la presse allemande, la chancelière Angela Merkel pourrait ne pas se rendre en Ukraine pour l’Euro 2012 si Ioulia Timochenko n’est pas libérée. Une position reprise par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a affirmé ne pas avoir l’intention de se déplacer pour les matches.

Ces menaces de boycott arrivent au pire moment pour l’Ukraine, à quelques semaines du début d’une compétition dont la préparation s’est déjà avérée chaotique. Kiev a investi des centaines de millions d’euros pour construire les stades et les infrastructures qui accueilleront le million de touristes attendus par les autorités. Dans la capitale, des ouvriers achèvent de poser le dallage de l’esplanade du tout nouveau stade olympique. Les aéroports et la majorité des routes devraient être terminés à temps, mais Kiev accumule depuis des mois les faux pas. Le président de l’UEFA, Michel Platini, s’est emporté le 12 avril dernier contre les «bandits et les escrocs» qui gonflent les prix des hôtels durant la durée de la compétition, jusqu’à dix fois les tarifs habituels. Peu habituée à ce genre de sorties, l’UEFA a aussi dû réagir aux menaces de boycott qui se multiplient. «L’UEFA a alerté la délégation ukrainienne sur les préoccupations des politiciens et des médias européens au sujet de la situation politique en Ukraine», a indiqué lundi l’organisation sur son site internet.

La compétition ne semble pas soulever l’enthousiasme de la population ukrainienne et l’inquiétude est palpable parmi les commerçants. Il reste encore 50 000 tickets à écouler pour les matches qui se dérouleront à Donetsk et les hôtels ne sont pas pleins. C’est dans ce climat délétère qu’une vague d’attentats a frappé vendredi dernier la ville industrielle de Dnipropetrovsk, dans l’est du pays, faisant une trentaine de blessés. Ces attaques n’ont pas été revendiquées et le ministère de l’Intérieur évoque un acte orchestré par des criminels de droit commun. Mais à six mois des élections législatives d’octobre, les rumeurs les plus folles circulent dans le pays, l’opposition et le gouvernement s’accusant mutuellement de tentatives de déstabilisation. Pas de quoi rassurer les touristes qui se déplaceront en Ukraine en juin prochain.

Le gouvernement et l’opposition s’accusent mutuellement de tentatives de déstabilisation

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