L'incident survenu samedi sur l'un des quatre moteurs d'un A380 entre Paris et Los Angeles, avec une partie du réacteur qui s'est décrochée en plein vol, est particulièrement grave et totalement inédit pour le géant des airs de l'européen Airbus.

L'avion d'Air France a dû se poser en urgence à l'aéroport militaire de Goose Bay, au Labrador (est du Canada), sans faire de blessés parmi ses 520 occupants (496 passagers et 24 membres d'équipage).

Des images impressionnantes prises par un passager montrent un de ses quatre réacteurs - un moteur GP7200 fabriqué par Engine Alliance, un consortium entre General Electric et Pratt and Whitney - amputé de sa partie avant soufflante et de son capotage.

Il s'agit d'un incident «rare», ont indiqué les experts consultés par l'AFP. «Sur cette nouvelle génération de moteur (de l'A380, ndlr) c'est inédit», indique à l'AFP Xavier Tytelman, consultant en sécurité aérienne et membre d'une communauté de professionnels de l'aérien, «AvGeek».

En novembre 2010, un Airbus A380 de la compagnie australienne Qantas avait été contraint de revenir sur l'aéroport de Singapour pour un atterrissage d'urgence, après l'explosion d'un de ses quatre moteurs Rolls-Royce, quelques minutes après son décollage.

Pour l'heure, l'origine de l'incident de samedi reste indéterminée. Selon de premiers témoignages de passagers, une sorte de détonation a été entendue.

«Le réacteur n'a pas explosé», a souligné à l'AFP Eric Prévot, commandant de bord sur Boeing 777 et porte-parole chez Air France.

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Les pilotes ont pris la décision la plus sûre

Il y a eu «une forte embardée due à cette avarie sur le réacteur numéro 4», le plus éloigné du fuselage, à droite, a-t-il précisé.

L'équipage a «eu le souci de contrôler la trajectoire» puis a appliqué «les procédures prévues par le constructeur» en mettant en sécurité les systèmes endommagés et en préservant ceux qui ne le sont pas, avant d'analyser la situation, a-t-il expliqué.

L'appareil est certifié pour voler avec seulement trois réacteurs mais en raison des dégâts structuraux très importants, l'équipage a pris «une décision qui ménageait la plus grande marge de sécurité», a ajouté M. Prévot.

«Les pilotes sont entraînés 4 fois par an au simulateur pour faire face à cette situation improbable (mais qui arrive nous venons de le constater...). Cela permet de réduire le stress de la situation en sachant qu'elle est surmontable», a expliqué à l'AFP François Desenfants, pilote d'A380 à la retraite. «Avec 3 moteurs, le 380 vole sans problème, mais à une altitude plus basse due à la perte de poussée. C'est la raison pour laquelle les pilotes ont mis l'avion en descente tout de suite», a-t-il ajouté.

Trois hypothèses

M. Desenfants émet trois hypothèses:
- «un défaut de conception», cependant peu probable car il «aurait été détecté avant»
- une «pièce moteur qui aurait eu un défaut et avec la fatigue aurait fini par casser»
- «une rencontre aviaire» (un oiseau qui s'introduit dans le moteur), qu'on ne peut pas totalement écarter selon lui malgré la très haute altitude. La rencontre avec un drone semble en revanche improbable à 10.000 m de haut, ajoute-t-il.

Des équipes du Bureau d'enquêtes et d'analyses de l'aviation civile française (BEA), du constructeur Airbus, du motoriste, d'Air France et du National Transportation Safety Board (NTSB) - l'agence américaine de sécurité dans les transports, le motoriste étant américain - devaient arriver sur place lundi.

Cet incident survient au plus mauvais moment pour le constructeur européen alors que son géant des airs n'a enregistré aucune commande depuis janvier 2016.

Pour tenter de relancer les ventes, Airbus a présenté au Salon du Bourget, près de Paris, un A380 amélioré, «l'A380Plus», destiné à optimiser la rentabilité de son avion emblématique.

L'ultra gros porteur du constructeur européen fêtera le 25 octobre les 10 ans de sa mise en service par Singapore Airlines.