Le 17 novembre, lendemain d’intervention télévisée, Libération titrait en une: «Sarkozy corrigé par Sarkozy.» Où le journal expliquait que le président avait «cherché à apaiser son image». Ce que l’on appellera un nouveau «Sarkasme» a ruiné l’effort en quelques jours.

Sur trois pages, le quotidien de gauche relatait ainsi mercredi comment, lors d’une conférence de presse informelle («off») en marge du sommet de l’OTAN à Lisbonne vendredi passé, le chef de l’Etat est sorti de ses gonds face aux journalistes qui l’interrogeaient sur l’affaire Karachi (LT du 22.11.10). Ils tentaient, à travers leurs questions, d’éclaircir s’il y avait eu le moindre lien entre Nicolas Sarkozy est les «rétrocommissions» liées à la vente de sous-marins français au Pakistan.

Journalistes pressants

D’abord matois dans ses réponses, le président s’emballe puis vitupère ses questionneurs à mesure qu’ils se font plus pressants. Jusqu’à rétorquer à l’un d’eux: «Et vous – je n’ai rien contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile. Qui me l’a dit? J’en ai l’intime conviction.» Quelques minutes plus tard, Nicolas Sarkozy clôt la conférence d’un «Amis pédophiles à demain!», lâché en direction des journalistes.

Doctorant en sciences de l’information, Thierry Devars écarte l’hypothèse d’une bourde du type du «Casse-toi pauv’con!» grommelé lors du Salon de l’agriculture en 2008. «Ce n’est pas un dérapage incontrôlé. Il était à la recherche d’une formule, certes malheureuse.» «Il a volontairement été outrancier dans sa démonstration», estime elle aussi Marie-Eve Malouines, journaliste de France-Info et auteur d’un récent ouvrage sur le président*. Au-delà de cette provocation, cette dernière est frappée par «la façon dont il essaie de faire pression sur les journalistes en leur disant comment travailler. Il avance que s’ils n’ont pas de preuves tangibles, ils sont manipulés et donc ne doivent pas poser de questions».

Pour le sociologue des médias Jean-Marie Charon, Nicolas Sarkozy cherche le rapport de force: «Il y a dans son mode d’interpellation, une violence verbale, une intimidation, qui s’adresse collectivement aux médias, dans son style à lui avec un langage très débridé, voire vulgaire.» Selon ce spécialiste, cette nouvelle péripétie orale s’inscrit dans un contexte «malsain» (vols récents d’ordinateurs dans des rédactions), également marqué par une «dégradation des rapports entre politiques et journalistes». Depuis quelque temps, les politiques s’aventureraient d’autant mieux sur le terrain de l’invective, poursuit le sociologue, «qu’ils savent l’opinion publique assez défiante vis-à-vis des journalistes».

* «Nicolas Sarkozy. Le pouvoir et la peur», Editions Stock.