Commémoration

La cassette audio, l’arme de Khomeiny pour préparer l’Iran à la révolution

La République islamique célèbre le 11 février le 40e anniversaire de sa révolution. Ce vendredi, elle commémore le retour d’exil de l’ayatollah Khomeiny. A cette occasion, «Le Temps» retrace l’importance du moyen de communication qu’il utilisa pour répandre son message révolutionnaire à travers le pays

La technologie, fomenteuse de révolutions? Prenez l’Iran, qui célèbre le 11 février le 40e anniversaire de sa révolution. Avant de quitter Neauphle-le-Château, son lieu d’exil à 40 kilomètres à l’ouest de Paris, pour rentrer à Téhéran le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeiny prépare le terrain. Une technologie qui paraît aujourd’hui appartenir à un autre âge – bien qu’elle retrouve aujourd’hui de nouveaux adeptes dans le domaine musical – va contribuer à l’avènement de la révolution iranienne: la cassette audio. «Khomeiny a commencé à diffuser des cassettes au cours des années 70 depuis son exil de Kerbala et Nadjaf, en Irak», explique Mohammad-Reza Djalili, professeur émérite de l’Institut de hautes études internationales et du développement. Mais la production et la diffusion de ces cassettes vont se démultiplier pendant son exil parisien. Khomeiny aura même un personnel spécialement chargé de cette propagande.

Discours anti-Occident

Les cassettes répliquent les sermons de Khomeiny, dans lesquels le futur père de la révolution s’en prend avec véhémence au pouvoir «dictatorial» du shah et à l’impérialisme occidental, surtout américain. Un religieux iranien rencontré cette année au Forum économique de Davos l’explique au Temps: «Les cassettes se sont répandues très rapidement dans les mosquées du pays, dont le réseau était déjà très dense et extraordinairement efficace.» Mais elles ne touchent pas que les religieux. La gauche iranienne, allant du parti Tudeh à l’Organisation des Fedayin du peuple iranien et au Front national fondé par Mohammad Mossadegh, est sensible au discours de Khomeiny et à son anti-impérialisme occidental. Une partie de la classe moyenne inférieure est aussi séduite par la dénonciation des inégalités. Leur objectif commun: mettre fin aux trente-sept ans de pouvoir de Mohammad Reza Pahlavi.