Catalogne

Catalogne: les anti-indépendance font le poing dans leur poche

Les opposants à l’indépendance forment un groupe hétérogène, allant des nostalgiques du franquisme aux citoyens qui se sentent autant Catalans qu’Espagnols et se vivent comme une majorité silencieuse

Plaza Sant Jaume, entre la mairie et la Generalitat – le siège du gouvernement séparatiste de Catalogne –, ils sont une grosse centaine à s’être réunis, couverts de drapeaux espagnols sang et or. Le rendez-vous avait été donné par Facebook. Ces militants anti-indépendance savent bien que, au cours de cette journée, tous les regards sont rivés sur les collèges électoraux, la mobilisation pacifique des votants, les charges policières agressives – voire violentes –, les résultats de ce référendum interdit… Et pourtant, ils ont tenu à être là.

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«Vous savez ce qui se passe, dit Silvia, une étudiante en architecture; aux yeux des séparatistes, nous n’existons pas. Littéralement. Il n’y en a que pour eux, ils pensent que la Catalogne est leur. Or, ce n’est pas vrai.» Elle parle sur le ton de la colère et dit représenter cette «majorité silencieuse» de Catalans très à l’aise dans le giron espagnol. Selon l'exécutif catalan, le oui à un «Etat indépendant sous forme de République» l'a emporté à 90%, avec 2,26 millions de voix et un taux de participation de 42,3%. L'annonce a été accueillie par des «hourras» et des pétards dans le centre de Barcelone.

Quarante-quatre organisations - dont les principaux syndicats catalans et deux associations indépendantistes - ont appelé à une journée de grève générale et de mobilisations mardi en Catalogne.

Collectif hétérogène

Alors que, dimanche, le gouvernement Rajoy a certainement commis l’erreur fatale de favoriser une réponse autoritariste, les partisans d’une «Espagne unie et indivisible» ne sont pas tous satisfaits d’un scrutin muselé. Les opposants au processus séparatiste forment un collectif très hétérogène. Dans tout Barcelone, des groupuscules de nostalgiques du franquisme côtoyaient des marches de citoyens anti-indépendance rejetant toute forme de violence, mais qui estiment que les sécessionnistes ont commis l’irréparable faute, début septembre, d’avoir approuvé au parlement régional une législation autorisant un référendum interdit par Madrid.

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«Ce sont eux qui ont provoqué en premier cette situation de choc frontal, dit Roberto Perez, chauffeur de taxi. Braver la loi, c’est ne pas respecter les règles du jeu démocratique. Après, forcément, il y a des conséquences désagréables pour tous.» Samedi soir, lui et sa bande d’amis avaient participé à une marche monstre sur la Via Laietana, près des Ramblas, aux cris de «L’Espagne unie, jamais ne sera vaincue!», «Nous Catalans, Espagnols, Européens, heureux d’être tout cela à la fois!» ou bien «Vive la Garde civile!».

La question territoriale pas résolue

La crispation en Catalogne, et l’avènement d’un référendum illégal, a réveillé un fort sentiment nationaliste dans tout le pays. De Madrid à Séville, en passant par Saragosse et Valence, des rassemblements «pro-espagnols» ont eu lieu, avec parfois des slogans haineux contre la Catalogne. Dans la capitale en particulier, des milliers de gens ont suspendu des drapeaux sang et or à leur balcon (l’étendard catalan a les mêmes couleurs), preuve d’une animosité croissante envers cette région prospère. «Ce regain d’hostilité est le signe qu’en Espagne, le modèle territorial n’est pas résolu, analyse Jesus Maraña, du journal en ligne InfoLibre. Beaucoup seraient favorables à un vrai Etat fédéral, voire confédéral. Mais bien d’autres, parmi les nationalistes de droite, maintiennent leur conception rigide d’une Espagne une et indivisible, héritière du franquisme.»

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Plaza Sant Jaume, face à la mairie de Barcelone, Josefa Narciso se sent «profondément triste». Avec son drapeau espagnol qui lui sert de protection sous la pluie fine, cette femme de ménage d’une soixantaine d’années, débarquée à l’âge de 7 ans de son Estrémadure natale, se sent vulnérable: «Moi, je n’ai rien d’une nationaliste espagnole outrancière. Ces gens-là aussi sont un danger pour le pays. Moi, je suis une citoyenne qui se sent autant Catalane qu’Espagnole. Je sens juste que le gouvernement séparatiste ne me prend pas en compte.»


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