Le gouvernement séparatiste catalan a convoqué mercredi soir un référendum d’autodétermination dans cette région du nord-est de l’Espagne pour le 1er octobre. En prenant cette décision, il a ouvert une très grave crise avec le pouvoir central, qui la juge illégale.

La signature intervient après la promulgation de la loi régionale organisant la tenue de ce scrutin, au nom du «droit du peuple catalan à décider de son avenir politique». Les parlementaires indépendantistes, majoritaires depuis 2015, ont estimé dans ce texte que «le peuple de Catalogne est un sujet politique souverain».

Ils sont allés jusqu’à instaurer un «régime juridique exceptionnel» qui prévaudra sur toutes les normes qui pourraient entrer en conflit avec la loi, ce qui équivaut à dire d’avance à l’Etat et à la justice qu’ils ignoreront leurs décisions.

La loi a été adoptée avec 72 votes pour et onze abstentions par le parlement catalan, au terme de douze heures de débats houleux. Il n’y a pas eu de voix contre, les parlementaires opposés à l’indépendance ayant quitté la salle avant le vote, tandis que les partisans de la mesure, soutenue par le président de la région Carles Puigdemont, chantaient l’hymne catalan après l’adoption du texte.

La cour constitutionnelle saisie

A peine trois semaines après les attentats des 17 et 18 août qui ont fait 16 morts et plus de 120 blessés en Catalogne, l’Espagne est ainsi confrontée à une de ses pires crises politiques en quarante ans de démocratie.

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«C’est un coup de force contraire à la démocratie», avait dénoncé en milieu de journée la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria. Les personnes «aux commandes du parlement et du gouvernement de Catalogne se rapprochent davantage des régimes dictatoriaux que d’une démocratie», a-t-elle lancé.

Le gouvernement de Madrid a saisi la cour constitutionnelle pour tenter de faire annuler les débats, puis le vote de la loi. La constitution espagnole affirme que le territoire national est indivisible. La cour n’examinera pas cette demande avant jeudi 10h, a précisé une porte-parole de la juridiction. Le président du gouvernement Mariano Rajoy avait d’ores et déjà averti lundi que les autorités espagnoles utiliseraient tous les moyens à leur disposition pour empêcher la tenue du référendum.

L’annulation du «statut d’autonomie de la Catalogne» comme déclencheur

Le président de la région, le séparatiste Carles Puigdemont, s’est, quant à lui, félicité de l’adoption du texte, assumant cette «prise de risque» collective. «Nous défendrons jusqu’au bout le droit de tous les Catalans à […] déterminer leur avenir», a-t-il affirmé.

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Les séparatistes veulent consulter les Catalans pour déterminer si leur région de 7,5 millions d’habitants – 16% de la population espagnole – doit devenir «un Etat indépendant sous forme de république». Si les indépendantistes remportaient le référendum, ce territoire grand comme la Belgique et pesant 20% du PIB espagnol chercherait à se séparer de l’Espagne, mais sans consentement mutuel.

La Catalogne vit une poussée de fièvre sécessionniste, en partie alimentée par la crise, mais aussi le sentiment d’être maltraitée par l’Etat central. Le détonateur de la crise avait été, en 2010, l’annulation partielle par la cour constitutionnelle du nouveau «statut d’autonomie de la Catalogne», à la demande du parti du chef du gouvernement Mariano Rajoy. Le texte adopté en 2006 par le parlement espagnol accordait des compétences élargies à cette région et la définissait comme étant une «nation» à l’intérieur de l’Etat espagnol.

Après avoir remporté les élections régionales en septembre 2015, les séparatistes ont promis de chercher à conduire à l’indépendance la Catalogne, qui a une langue et une culture propres.

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