Editorial

Catalogne: le goût du désastre

Les indépendantistes catalans poussent les autorités de Madrid dans leurs derniers retranchements. Le point de non retour est proche. Notre éditorial

Carles Puigdemont, le chef du gouvernement de la Catalogne, est un homme habile. Il a mis les formes, mais cela ne change rien sur le fond. Avec lui, les autorités catalanes ont franchi mardi un nouveau pas décisif vers la déclaration d’indépendance de la région.

Une détermination sans pareil

Les appels au dialogue, la main apparemment tendue au reste du pays et, surtout, à cette «majorité silencieuse» au sein même de la population catalane qui souhaite rester espagnole… rien de cela ne fait illusion: les indépendantistes entendent poursuivre leur stratégie de la tension. Ils sont décidés à aller jusqu’au bout, quitte à faire sortir de leurs gonds, une fois de plus, les autorités espagnoles.

Les périls économiques de cette aventure, symbolisés par les sociétés catalanes qui ont d’ores et déjà décidé de fuir les incertitudes de la région? Ils ne représentent pas l’économie réelle, a balayé Puigdemont. Les divisions qui commencent à se faire jour dans les rangs de l’alliance hétéroclite qui prône l’indépendance? Passées sous silence.

Le caractère illégal du référendum sur lequel s’appuie désormais le chef de la Generalitat pour aller de l’avant? Il y a une démocratie au-delà de la Constitution espagnole, martelait-il. Loin d’accepter la logique de Madrid, le président du gouvernement catalan ajoute la victimisation à la détermination têtue: la recette éprouvée de tout bon nationalisme.

Un retour encore envisageable

Ce mercredi, ce sera donc au tour du gouvernement de Madrid de trouver la réplique devant le Congrès des députés. Il y sera notamment débattu de l’article 155 de la Constitution espagnole, jamais appliqué mais déjà fameux, qui prévoit la possibilité de «mesures exceptionnelles», voire d’un éventuel état d’exception pour ramener à la raison la région rebelle.

Pas davantage que les indépendantistes catalans, le gouvernement espagnol ne se montre prêt à céder sur quoi que ce soit. Une possible médiation, telle qu’elle est évoquée par Barcelone – et telle que la propose notamment la Suisse –, est pour l’instant hors de portée.

Le jeu, pour autant qu’il s’agisse encore d’un jeu, n’a jamais semblé aussi dangereux. En Catalogne comme en Espagne, le point de non-retour est proche, et peu nombreux sont ceux qui seraient prêts désormais à résumer cette spirale inquiétante à un simple coup de bluff. Pour peu de temps encore, les ardeurs sont réversibles, mais le spectacle qui s’est déroulé mardi à Barcelone a le goût et la couleur du désastre.

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