Au-delà de la politique, l'image qui restera de ce scrutin sera celle d'assesseurs tenant les bureaux de vote, protégés par des combinaisons blanches intégrales, afin de faire voter les électeurs malades du Covid-19 ou en quarantaine.

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Les séparatistes et leurs divergences

Plus de trois ans après une tentative de sécession avortée, les partis indépendantistes ont renforcé, dimanche, leur majorité au parlement régional et semblent en mesure de se maintenir au pouvoir en Catalogne. Ils ont dépassé pour la première fois les 50% des voix lors d'un scrutin régional. Lors du dernier en 2017, ils avaient totalisé 47,5%.

Et avec 33 sièges pour Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), 32 pour Ensemble pour la Catalogne (JxC) de l'ex-président régional Carles Puigdemont et 9 pour les radicaux de la CUP, ils renforcent leur majorité avec 74 sièges contre 70.

Mais il leur faudra désormais dépasser leurs divergences pour sceller un accord de gouvernement. Arrivé devant JxC, le candidat d'ERC, Pere Aragones, apparaît en position de force pour devenir le prochain président régional.

La région est actuellement gouvernée par une coalition entre JxC, parti prônant la confrontation avec Madrid, et ERC, plus modéré et soutien de Pedro Sanchez au parlement espagnol. «Nous avons freiné une opération menée par l'Etat (espagnol) pour expulser les indépendantistes des institutions», a lancé Pere Aragones.

Difficulté pour Salvador Illa de mener une coalition

Mais le scrutin a été remporté par le candidat du premier ministre espagnol Pedro Sanchez. L'ex-ministre de la Santé Salvador Illa est arrivé en tête avec environ 23% des voix et 33 sièges sur les 135 que compte le parlement régional. Envoyé à Barcelone pour écarter les indépendantistes du pouvoir qu'ils occupent depuis 2015, il a toutefois manqué son pari.

«Le changement est là pour rester en Catalogne», a-t-il insisté en annonçant qu'il serait candidat à la présidence malgré ses faibles chances.

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Mais comme les partis séparatistes se sont engagés par écrit à ne pas sceller d'accord avec lui, Salvador Illa n'a pas de marge de manoeuvre lui permettant de compter sur les voix nécessaires au parlement catalan pour prendre la présidence de la Catalogne.

Vote des malades du Covid

Masques, gants, visières de protection, distances: les mesures anti-Covid ont marqué le scrutin dont la dernière heure était même réservée aux malades du Covid et aux personnes en quarantaine. Une décision très controversée dans un contexte sanitaire toujours très tendu, même si la situation s'est améliorée ces derniers jours.

Par crainte du virus, les électeurs se sont peu déplacés et l'abstention a bondi à plus de 46%, plus de 25 points de plus qu'en 2017.

Signe du malaise chez les électeurs, environ 35 600 personnes sur les 82 000 tirées au sort pour servir d'assesseurs ont demandé à être dispensées de cette obligation. Bien que 23 300 requêtes en ce sens aient été acceptées, le scrutin a pu se dérouler normalement. Afin de réduire les risques, des bureaux de vote ont été installés dans des espaces ouverts à l'intérieur du complexe du stade du FC Barcelone ou dans une arène de Tarragone.

Puigdemont toujours en exil

Ces élections se sont déroulées un peu plus de trois ans après l'échec d'une tentative de sécession marquée par l'organisation, le 1er octobre 2017, d'un référendum d'autodétermination interdit par la justice et émaillé de violences policières dont les images avaient fait le tour du monde.

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Le chef du gouvernement catalan de l'époque, Carles Puigdemont, est toujours en exil en Belgique et neuf dirigeants indépendantistes ont été condamnés en 2019 à des peines allant de neuf à 13 ans de prison.