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En Catalogne, «l’important c’est de voter»

Après l’intervention du gouvernement central, près de 80% des Catalans devraient exercer leur droit de vote. Mais le parlement devrait rester profondément divisé. Le retour vers la normalité institutionnelle reste dans l’air

La porte principale a été réparée. L’école barcelonaise Ramón Llull accueille à nouveau des votants après l’assaut de la police nationale lors du référendum catalan il y a deux mois et demi. Convoquées par le pouvoir central espagnol, les élections parlementaires de jeudi se déroulent dans une normalité qui tranche avec le chaos du 1er octobre.

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José Luis est revenu voter avec les mêmes pantalons qui avaient été abîmés dans la mêlée du référendum. Devant la caméra de la télévision publique portugaise, il montre, la laisse de son chien dans une main, la déchirure qui laisse entrevoir une partie de sa jambe et de son caleçon. «Ils m’ont dit de sortir de l’école où on s’était retranché. J’ai dit non», s’amuse ce sexagénaire qui préfère s’exprimer en castillan qu’en catalan.

José Luis n’a pourtant pas trop envie de révéler s’il avait voté pour l’autodétermination de la Catalogne en octobre. «Ce sont des choses secrètes. L’important, c’est de voter», tranche-t-il.

Forte participation après le référendum raté

Après l’invalidation de la proclamation d’indépendance et la dissolution du parlement régional, les principaux partis politiques catalans ont appelé les 5,5 millions d’électeurs à voter massivement le 21 décembre. Les bureaux sont ouverts de 9h à 20h, heure à laquelle tomberont les premiers résultats. Tous les Catalans ont l’autorisation de quitter leur poste de travail quelques heures pour exercer leur droit civique. Le taux de participation pourrait atteindre les 80%, selon les estimations. A la mi-journée, il était similaire au dernier scrutin (constitutionnel) de 2015.

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Premier indicateur: le vote des résidents à l’étranger effectué mi-décembre. La participation des 225 000 «Catalans de l’extérieur» (dont 11 600 en Suisse) est en hausse de 81% par rapport à 2015.

Election «illégitime» pour les indépendantistes

La Catalogne vit toujours au rythme de l’article 155 de la Constitution espagnole. En raison du jusqu’au-boutisme de l’exécutif catalan, la région a été placée sous la tutelle de Madrid et ses principaux dirigeants font l’objet de procédures judiciaires. L’ancien président Carles Puigdemont est toujours en exil à Bruxelles et son vice-président Oriol Junqueras en prison à Madrid.

Le camp indépendantiste est embarrassé par cette nouvelle élection. Comme le résume ce haut fonctionnaire catalan (fraîchement destitué): «On doit à tout prix gagner des élections que beaucoup considèrent comme illégitimes.»

Côté unioniste, on avance décomplexé. Le parti Ciudadanos (C’s) a mené sa campagne sous le slogan «Ara sí, Votarem» («C’est maintenant que l’on vote»). La formation, née en 2006, devrait être l’une des gagnantes de la journée électorale. Au coude à coude avec les républicains de gauche Esquerra (indépendantistes), C’s n’a pourtant aucune chance de remporter une majorité des sièges parlementaires pour former un gouvernement. Malgré le soutien durant la campagne du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, le Parti populaire catalan pourrait perdre une partie de ses 8,5% d’électeurs, selon les sondages effectués avant l’élection.

Long marchandage politique à venir

Le parlement s’annonce plus morcelé que jamais et de longues tractations interpartis devraient animer la vie politique catalane. La section locale de Podemos (Comuns) a déjà annoncé qu’elle ne jouerait pas aux faiseurs de rois. «Nous ne ferons président ni Puigdemont ni Arrimadas», a déclaré sa représentante Ada Colau, en référence aux leaders des partis PdeCat (anciennement au pouvoir) et C’s.

Le vote de la maire de Barcelone, dans son collège électoral barcelonais La Sedeta, était très attendu des médias, notamment en raison du positionnement de sa formation, à mi-chemin entre les indépendantistes et les unionistes. Mais Ada Colau s’est contentée de rappeler l’importance de retrouver – à travers ces «élections pas comme les autres» – un «début de normalité institutionnelle». Vendredi, le grand marchandage autour de l’interprétation des résultats pourra commencer.


Les séparatistes pourraient conserver la majorité absolue – ATS

Les formations indépendantistes catalanes semblent bien parties pour conserver leur majorité absolue aux élections régionales, à en croire un sondage à la sortie des urnes du journal La Vanguardia. Il a été diffusé jeudi soir à la fermeture des bureaux de vote.

Selon cette enquête, les formations indépendantistes obtiendraient 67 à 71 sièges à l’assemblée régionale, qui en compte 135, le seuil de majorité absolue étant à 68 sièges. Aucun résultat officiel n’a été rendu public pour le moment. Les premiers résultats officiels sont attendus aux alentours de 22h00 et les résultats définitifs après minuit.

Deux partis au coude à coude

Selon le sondage à la sortie des urnes, deux partis sont en tête et au coude à coude: la formation centriste Ciudadanos (unioniste) qui pourrait obtenir 34 à 37 sièges et le parti indépendantiste de gauche ERC (Gauche républicaine), qui en aurait 34 à 36.

L’autre grand mouvement séparatiste, Junts per Catalunya, le parti de l’ex-président catalan Carles Puigdemont, est crédité dans ce sondage de 28 à 29 sièges. Face au bloc indépendantiste, le camp unioniste pourrait s’appuyer sur 55 à 62 sièges, et la branche catalane du parti de gauche anti-austérité Podemos, qui n’est rangée ni dans un camp ni dans l’autre, en aurait sept ou huit.

Chapitre incertain en vue

Si la tendance esquissée par le sondage à la sortie des urnes se confirmait, ce scrutin ouvrirait un chapitre incertain dans la pire crise politique qu’ait connue l’Espagne depuis la tentative de putsch de février 1981, jetant un doute sur la capacité du président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à tourner cette page.

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