Espagne

En Catalogne, une indépendance promise mais reportée

Les exégèses ne vont pas manquer les prochains jours pour tenter d’éclaircir le discours du rusé président indépendantiste Carles Puigdemont ce mardi soir. Il confirme le droit à l’indépendance de la Catalogne, mais suspend ses effets pour entamer un «dialogue». Retrouvez ici notre suivi d’une journée historique, même si peu claire

Ce qu'il fallait retenir de cette soirée

  • Son allocution a duré trois quarts d'heure. Carles Puigdemont n'a donc finalement pas prononcé la tant redoutée ou tant attendue, selon les camps, Déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne.
  • Dans son discours, le président de la Généralité a affirmé le droit des Catalans à l'indépendance, tel que ressorti du référendum d'autodétermination du dimanche 1er octobre.
  • Mais il a aussitôt annoncé la suspension des effets de cette indépendance promise, pour renouer le «dialogue».
  • Dans une première réponse officielle, le gouvernement de Madrid a jugé «inadmissible» toute déclaration même implicite d'indépendance.

■ 20h30. C’est la fin de ce suivi en direct d’une journée déjà historique. Retrouvez dans quelques minutes sur ce site l’analyse de notre spécialiste de l’Espagne Luis Lema. Merci de nous avoir suivis.


■ 20h20. Madrid outré. Le gouvernement espagnol juge «inadmissible» une déclaration implicite d’indépendance. Déclaration de son porte-parole.

■ 19h40. L’appel de Carles Puigdemont. «Je demande aux leaders économiques de ne pas priver la Catalogne de ses richesses, aux politiques de respecter le dialogue, à l’Espagne de renoncer à la répression et aux violences et à l’Union européenne de faire respecter ses valeurs et le dialogue.»

La Catalogne sera un Etat indépendant sous la forme d’une République

■ 19h30. Carles Puigdemont: une indépendance aux effets suspendus. «Le peuple catalan réclame depuis des années le droit de pouvoir se décider et de voter […]. La dernière chance était le pouvoir du roi mais cela a été démenti. Je vous demande l’effort de reconnaître les raisons qui nous ont amenés jusqu’ici. Nous ne sommes pas des délinquants, nous sommes des citoyens normaux qui demandons à voter et qui sommes prêts à tous les dialogues. Nous avons rien contre l’Espagne et les Espagnols, c’est tout le contraire. […]. Le oui à l’indépendance a gagné par la majorité. Les urnes disent oui à l’indépendance et c’est le chemin que je me suis promis de tracer […]. La Catalogne sera un Etat indépendant sous la forme d’une République (Applaudissements) […]. Le gouvernement catalan et moi-même proposons au parlement la suspension de la déclaration d’indépendance pour que les prochaines semaines, un dialogue puisse être lancé […]. Nous sommes convaincus que ce moment historique requiert un arrêt de cette escalade.»

«Des leaders européens à Koffi Annan, il y a un appel partout en Europe au dialogue.»

■ 19h23. Carles Puigdemont continue de parler. «Le gouvernement tiendra toujours compte de toutes les personnes de Catalogne et respectera la démocratie. […] (Suit un rappel historique sur l’apport de la Catalogne au développement de l’Espagne après la mort du général dictateur Franco.) Il y a eu humiliation après les deux coupes dans les textes constitutionnels […]. Les sept dernières années ont été les pires, de plus en plus de compétences revues à la baisse, des désinvestissements, et une blessure de la langue et de vivre dans notre pays. Ce qui a eu un impact très profond dans la société catalane […]. Au point que 2 millions de citoyens ont conclu qu’il fallait un référendum […].»

■ 19h13. Carles Puigdemont commence à parler. […] «Un moment historique… La Catalogne est une affaire européenne. N’attendez pas de moi chantage ou insultes, chacun doit assumer sa part de de responsabilité dans le besoin de désescalader la tension. Je veux m’adresser à toute la population […]. Nous formons un seul peuple, nous comprenons que la façon d’avancer ne peut être que la démocratie et la paix et donc le respect de ceux qui pensent différemment, ce qui requiert des doses de dialogue et d’empathie […]. Ce n’est pas une décision personnelle aujourd’hui, c’est le résultat du 1er octobre, la volonté de mon gouvernement […]. C’est la première fois avec cette manifestation du 1er octobre qu’il y a eu autant de violence […]. Mais 2 millions de personnes sont sorties de chez elles et ont vaincu la peur pour aller voter […]. Je veux remercier toutes les personnes qui ont permis ce vote, qui ont siégé dans les écoles, ces anonymes qui ont rendu possible tout cela […].»

■ 19h05. Arrivée de Carles Puigdemont. Il a le visage grave, tandis que des nuées de photographes s’apprêtent à immortaliser un moment historique.

■ 19h00. Les députés se réinstallent dans l’hémicycle du parlement catalan. Ce sont les députés opposés à l’indépendance qui ont déjà pris place. Les députés plus à gauche, comme ceux de la CUP, ne sont pas encore arrivés.

■ 18h30. Les raisons possibles du retard, le refus de Madrid. Des rumeurs tentent de rendre compte du retard de la déclaration de Carles Puigdemont, initialement prévue à 18h00. Le leader indépendantiste aurait trouvé un possible médiateur international et tenterait d’évaluer cette possibilité. Le gouvernement de Madrid fait déjà savoir qu’il refuse toute médiation.

■ 18h00. Une heure de retard. Signe des tensions qui entourent ce moment crucial dans l’histoire catalane et espagnole, les autorités catalanes font savoir que la séance va être décalée d’une heure, et que la déclaration de Carlos Puigdemont devrait intervenir vers 19h00.

■ 17h30. Carles Puigdemont est arrivé au parlement catalan. De nombreux médias espagnols – et européens – couvrent la situation en direct. Plus de 1000 journalistes auraient été accrédités. La sécurité a été renforcée aux abords du bâtiment ainsi que dans les transports publics de Barcelone.

■ 16h30. L’appel de Bruxelles. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, demande au président séparatiste catalan Carles Puigdemont de «ne pas annoncer une décision qui rendrait le dialogue impossible», à quelques heures de son discours devant le parlement régional de Catalogne. «La diversité ne devrait pas et ne doit pas conduire à un conflit dont les conséquences seraient à l’évidence négatives pour les Catalans, pour l’Espagne et pour toute l’Europe», a exhorté Donald Tusk devant le Comité des régions, organe qui représente les collectivités locales à Bruxelles.

De son côté la Commission européenne a lancé un nouvel appel au dialogue entre le gouvernement espagnol et les autorités catalanes. «Nous appelons tous ceux qui sont concernés à sortir de cette crise aussi vite que possible et à entamer le dialogue», a déclaré un porte-parole, interrogé sur l’attitude de Bruxelles en cas de proclamation de l’indépendance.

■ 16h04. Emmanuel Macron confiant. Le président français s’est dit «confiant» ce mardi dans une solution pacifique au conflit qui oppose Madrid aux séparatistes en Catalogne, à quelques heures du discours de Carles Puigdemont. «Il y a un coup de force des Catalans. Je souhaite qu’il soit géré dans la paix, je pense que ce sera le cas, je suis confiant là-dessus», a affirmé Emmanuel Macron lors d’un débat à l’Université Goethe de Francfort (ouest de l’Allemagne) avant l’inauguration de la Foire du livre.

■ 13h00. Nouvel avertissement de Madrid. Le porte-parole du gouvernement espagnol appelle le président séparatiste de Catalogne Carles Puigdemont à «ne rien entreprendre d’irréversible», avant son discours prévu pour 18h00. «Je veux demander à M. Puigdemont qu’il n’entreprenne rien d’irréversible, qu’il n’emprunte aucun chemin sans retour, qu’il ne fasse aucune déclaration unilatérale d’indépendance et qu’il retourne à la légalité», a déclaré à la presse Inigo Mendez de Vigo. «L’Europe a clairement dit qu’elle n’accepterait aucune déclaration d’indépendance de la Catalogne», a-t-il ajouté. Les responsables européens ont averti les dirigeants catalans qu’en cas d’indépendance, la Catalogne serait automatiquement exclue de l’Union européenne.

■ Les abords du parlement interdits aux manifestants. La police a fermé, «pour raisons de sécurité», l’accès au parc qui entoure le parlement catalan à Barcelone, d’où le président régional Carles Puigdemont doit parler. Les forces de l’ordre veulent «empêcher toute situation dans laquelle s’exercerait une pression sur l’activité parlementaire», a précisé un porte-parole, tout en rappelant que dimanche, pendant une manifestation contre l’indépendance de la Catalogne, «un groupe de personnes a forcé les accès au parc et jeté des objets contre le parlement». «Nous tentons d’éviter ce genre de situations, générées tant par les manifestants unionistes que par des groupes indépendantistes radicaux», a-t-il souligné.


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