Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le premier week-end de l'autoproclamée République catalane a dû être décevant pour les indépendantistes. Leur président destitué Carles Puigdemont l'a passé à Gérone et ce sont les unionistes qui ont occupé le terrain.
© Burak Akbulut/Anadolu Agency/Getty Images

Indépendance

En Catalogne, une république hors-sol

Alors qu’aucun Etat n’a reconnu l’indépendance de la région, ce sont les unionistes qui ont battu le pavé dimanche. En coulisses, la mise sous tutelle espagnole continue à tisser sa toile juridique

Les indépendantistes attendaient davantage des premiers jours de la République catalane. Autoproclamée vendredi (et reconnue par aucun Etat), elle n’aura duré – sur le papier – que 45 minutes. Le temps pour le Sénat espagnol de voter l’application de l’article 155 de la Constitution permettant de lever le statut d’autonomie de la Catalogne.

Lire aussi notre éditorial: Catalogne, le gâchis historique

Quatre heures plus tard, le Sénat achevait de démanteler les institutions de cette région de 7,5 millions d’habitants. Le parlement régional était dissous, son président Carles Puigdemont destitué avec ses 13 ministres et des élections anticipées convoquées le 21 décembre. Une autre journée historique pour une région qui commence à s’habituer aux journées historiques.

«Puigdemont en prison»

Après la fête indépendantiste de vendredi soir, ce sont les unionistes qui ont battu le pavé durant le week-end. Ils étaient quelque 300 000 selon la police – plus d’un million selon les organisateurs – au rassemblement convoqué dimanche par l’organisation Société civile catalane pour protester contre l’indépendance, mais aussi pour la «restauration de la légalité» en Catalogne.

Lire également: Large rassemblement de manifestants anti-sécession à Barcelone

Parmi les personnalités qui ont pris la parole, des membres du Parti populaire catalan, mais aussi des socialistes et des communistes qui ont tous défendu l’application de l’article 155 de la Constitution. Le long du Passeig de Gràcia, où la plupart des commerces avaient les stores fermés, la foule bigarrée des manifestants applaudissait au passage des trois hélicoptères de la police en scandant «Puigdemont en prison!»

Un «président» rebelle et traqué

Le principal intéressé a, lui, préféré s’isoler dans son fief électoral de Gérone, à une centaine de kilomètres de Barcelone, où il réside encore. Samedi, c’est depuis le Palau de la Generalitat qu’il aurait dû prononcer son premier discours en tant que chef de l’Etat catalan nouvellement constitué.

Il était en tout cas attendu par des dizaines de caméras et des centaines de journalistes du monde entier qui s’étaient amassés sur la Place Sant Jaume. Il l’était probablement aussi par les six fourgons de la police nationale qui stationnaient non loin. Tous sont repartis déçus, sous les regards interloqués des touristes qui profitaient de l’automne catalan (24 degrés à l’ombre).

Alors que l’on ignore encore tout du processus censé amener la Catalogne à s’émanciper, le drapeau espagnol flotte toujours au-dessus du Palau de la Generalitat. Un symbole, car il a été enlevé dans certains des bastions indépendantistes comme Gérone. Dans une interview, Oriol Junqueras, le vice-président catalan, a admis que les séparatistes devraient prendre des «décisions difficiles» ces prochains jours et «pas toujours faciles à comprendre».

La nouvelle «présidente» de la Catalogne

La Catalogne est désormais officiellement dirigée par Soraya Sáenz de Santamaría. La vice-présidente espagnole, partisane d’une ligne dure envers la région rebelle, a déjà commencé à organiser la mise sous tutelle.

La reprise en main des quelque 16 000 Mossos d’Esquadra, la police locale, constitue l’une des priorités, au vu de leur passivité lors des événements du 1er octobre. Les deux chefs des Mossos ont été démis de leurs fonctions ces derniers jours et ont tous deux accepté leur sort. Josep Lluís Trapero, considéré comme un héros en Catalogne pour avoir refusé d’ordonner à ses hommes de charger les votants, sera remplacé par son adjoint dont Madrid s’est assuré la loyauté. Le major Trapero fait également l’objet d’une enquête pour «sédition» pour avoir omis d’envoyer des secours à des membres de la Guardia Civil acculés dans un bâtiment qu’ils étaient en train de perquisitionner.

Lire aussi: En Catalogne, le vertige des urnes

Bloquer les bureaux des ministres

Dans un éditorial particulièrement virulent, l’influent quotidien espagnol El País qualifiait samedi cette insurrection institutionnelle de «plus déstabilisante» que le coup d’Etat de 1981 ou le terrorisme. Le journal conservateur ABC y allait, lui, de son: «L’Espagne décapite le coup d’Etat», avec un drapeau espagnol en toile de fond. Voilà pour la rhétorique.

Dans la pratique, il faudra encore voir quelle sera l’attitude de l’équipe de Carles Puigdemont et des 150 hauts fonctionnaires démis de leurs fonctions. S’ils tentent lundi de retourner à leurs bureaux, il incombera aux Mossos de leur barrer l’accès. Ils pourraient alors être poursuivis pour «usurpation de fonctions», tandis que les photos des ex-membres du Govern commencent déjà à être décrochées des commissariats, selon le quotidien barcelonais La Vanguardia.

Lire également: La télévision catalane retient son souffle

Campagne électorale express

Au sein de la coalition indépendantiste, on discute aussi de la stratégie à adopter en vue des élections du 21 décembre. Hormis le parti anti-système CUP qui a évoqué une «paella insoumise géante», les conservateurs PDeCat et les républicains de gauche d’Esquerra devraient investir toutes leurs forces durant cette campagne électorale express (moins de soixante jours).

Il n’empêche. Les indépendantistes semblent bien incapables de s’émanciper du calendrier politique de Madrid. Au sommet de l’exécutif catalan, le drapeau espagnol n’a toujours pas bougé. Sous l’objectif des caméras et les regards des touristes amusés, un unioniste profitait samedi de l’attention médiatique. «Je prends les paris: tu vois ce drapeau? Il sera encore là demain, le mois prochain et l’année prochaine.» Il devrait continuer à flotter sous la République hors-sol de Catalogne pendant un moment. Au moins jusqu’au 21 décembre prochain.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a