France

Les catholiques français, arbitres de la primaire de droite en France

Parmi les 4 millions d’électeurs du premier tour de la primaire de la droite, les retraités aisés de province et les catholiques pratiquants ont formé de gros bataillons. Au profit de leur candidat: François Fillon

François Fillon, candidat des «valeurs», de la famille, et de la défense du catholicisme face au fondamentalisme islamiste. Face à son adversaire Alain Juppé, qu’il affrontait jeudi soir lors d’un débat télévisé sous haute tension, le vainqueur du premier tour de la primaire de la droite française a endossé un costume qui ne sera pas nécessairement facile à porter s’il remporte dimanche le second tour du scrutin.

Notre infographie interactive: Un duel projet contre projet

Lire également l'interview: «Il y a des ressemblances entre l’électorat de François Fillon et celui de Donald Trump»

«La logique de rassemblement de la présidentielle voudra qu’il se distancie de cette frange hypercatholique de notre électorat, explique au Temps l’ex-candidat Jean-François Copé, grand vaincu du premier tour dimanche dernier avec 0,3% des voix. Sauf que ces électeurs-là attendent désormais de lui qu’il s’engage davantage sur les terrains sociétaux et moraux.»

«Vieux vote catholique réac»?

La question se pose par exemple pour les 1,5% de votants ayant choisi Jean-Frédéric Poisson, le très catholique candidat du Parti chrétien démocrate fondé par l’ultra-conservatrice Christine Boutin. Ou pour les militants de l’association Sens commun issue de la Manif pour tous, très présents mardi à son meeting de Lyon. Ce lien est cultivé par le candidat: «François Fillon a été le premier à répondre au texte de l’épiscopat français sur la politique [appelant à «redéfinir le contrat social»]», confirmait cette semaine le quotidien catholique La Croix.

L’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy est surtout crédité par l’électorat catholique pour son attitude sur trois sujets: ses prises de positions officielles sur les questions de mœurs (s’il n’a pas participé à la manif pour tous, il affiche son scepticisme sur le mariage homosexuel et souhaite encadrer davantage l’interruption volontaire de grossesse, qu’il ne remet pas en cause), son soutien affirmé aux chrétiens d’Orient et sa volonté de combattre le «totalitarisme islamique». Trois terrains sur lesquels Alain Juppé est perçu comme moins ferme.

Est-il pour autant le favori du «vieux vote catholique réac en France» comme l’écrivait hier Libération? «Il faut surtout remettre cela en perspective avec l’électorat global de la primaire», décrypte un responsable de l’institut de sondage Elabe. Selon ses enquêtes, 61% des votants, selon nos enquêtes, avaient plus de 50 ans, dont 39% âgés de plus de 65 ans; 60% étaient originaires de la province urbaine; 43% étaient des retraités; 49% ont voté sur la personnalité du candidat plus que sur son programme. On peut penser que les catholiques étaient donc surreprésentés dans l’électorat de la primaire. «François Fillon est celui que beaucoup de nos paroissiens jugent le plus adéquat, confirme un évêque du centre de la France. Mais il n’est pas le candidat de l’Eglise comme certains voudraient le faire croire.»

Juppé a perdu la bataille du charisme et du caractère

Le poids de la personnalité dans les intentions de vote pèsera lourd pour le duel Fillon-Juppé du second tour. Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, le reconnaît: «La première explication de la mobilisation pour ces primaires a surtout été le rejet de Sarkozy. Tout s’est joué là dessus. Après, des transferts de voix se sont opérés dans les dernières quarante-huit heures au profit de François Fillon, essentiellement autour de trois axes: le nécessaire rétablissement de l’autorité de l’Etat, l’urgence de libérer le travail et l’économie et la lutte contre le communautarisme.» En clair: Juppé a perdu au premier tour la bataille du charisme et du caractère. Ce qui augure mal de son résultat s’il ne parvient pas à mobiliser de nouveaux électeurs ce dimanche, sachant que Nicolas Sarkozy et la plupart de ses soutiens ont appelé à voter Fillon.

Dernier élément à prendre en compte: l’alternative au Front national. Avant la présidentielle de 2012, un sondage pour Famille chrétienne a confirmé que les catholiques sont moins perméables aux idées de l’extrême droite que la moyenne des Français: 15% seulement des pratiquants – contre 21% pour les non pratiquants – avouaient alors voter FN. Or François Fillon, avec son positionnement très conservateur, est le mieux positionné pour récolter les voix de ces cathos toujours pas prêts à voir Marine Le Pen à l’Elysée.

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