Syrie

«Le cauchemar éveillé de la torture systématique»

Un rapport d’Amnesty dénonce le recours systématique à la torture dans les centres de détention syriens. Un Syrien, qui s’est réfugié au Liban, témoigne au Palais des Nations, à Genève

Adham al-Kak a l’air heureux. Pourtant, ce qu’il connaît des prisons syriennes présage du pire pour l’avenir de son pays. «Plus ils sont jeunes, plus ils sont torturés», raconte ce père de deux enfants, réfugié depuis trois semaines au Liban avec sa famille. «Ils ont suspendu mon plus jeune fils de 24 ans avec des menottes et l’ont battu pendant des heures jusque sous la plante des pieds.»

La machine tortionnaire du régime semble programmée pour briser la jeunesse contestataire. Mais ce militant de la première heure en est certain: «Plus rien ne peut arrêter le changement.» Pas même les matraques des forces de sécurité syriennes. Et cette idée le remplit de joie. Arrêté, battu et emprisonné à deux reprises pour sa participation aux manifestations contre Bachar el-Assad, il était invité par plusieurs ONG mercredi au Palais des Nations pour témoigner. Son récit fait écho à ceux récoltés par Amnesty International dans un rapport publié hier, à la veille du premier anniversaire de la révolte syrienne.

«La première fois, j’étais enfermé dans une cellule de dix mètres carrés avec une cinquantaine de détenus, raconte Adham al-Kak. La deuxième fois, nous étions près de 400 dans une salle de cent mètres carrés. On ne peut pas s’étendre, on essaye de dormir debout, les uns sur les autres. Ils viennent chercher des détenus pour les interroger puis les ramènent dans la cellule en sale état. Certains se mettent à parler seuls ou tentent de se suicider.»

31 méthodes

Les détenus syriens sont plongés dans «le cauchemar éveillé de la torture systématique», dénonce Amnesty. Sur la base des témoignages de 25 anciens prisonniers réfugiés en Jordanie, l’ONG détaille 31 méthodes de torture pratiquées par le régime. Les forces de sécurité opèrent de manière systématique et selon un modèle précis. Cela commence dès l’arrestation avec des coups de poing, de bâton, de crosse de fusil, qui se poursuivent à l’arrivée dans les centres de détention où les bourreaux se munissent de câbles et de fouets. La pratique s’appelle «l’accueil», haflet al istiqbal. La violence atteint son paroxysme pendant les interrogatoires. Les anciens détenus décrivent plusieurs pratiques telles que le dulab, où la victime, enfermée dans un pneu, est frappée à l’aide de câbles et de bâtons. Le shabeh, de plus en plus courant, consiste à suspendre le prisonnier de sorte que ses pieds touchent à peine terre avant de le rouer de coups. Les viols et autres mauvais traitements de nature sexuelle ont aussi augmenté, indique l’ONG. Ces violations s’apparentent à des crimes contre l’humanité, conclut Amnesty, qui appelle la communauté internationale à enquêter sur les exactions du régime syrien.

Publicité