A Berlin, moins d'une famille sur deux est un ménage traditionnel, un couple marié avec un ou des enfants. Comme dans tout l'est du pays, en Saxe ou au Brandebourg, mais aussi à Hambourg ou à Brême, les familles alternatives, les mères seules, les relations plus ou moins épisodiques contestent la primauté au mariage. Partout, même à l'ouest, la famille traditionnelle recule. Face à cette évolution, l'Union chrétienne démocrate (CDU), qui veut faire de la famille le thème de ses prochains combats, retarde: dans le programme politique que son congrès approuvera lundi à Hanovre, le mariage reste toujours la référence.

Politique très conservatrice

«Le mariage et la famille sont les fondements de la société. Le mariage est notre référence pour la communauté de vie entre un homme et une femme, mais nous respectons d'autres formes de partenariat», dit le programme fondamental de 78 pages supposé définir l'orientation générale de la CDU pour les quinze à vingt prochaines années.

«Malgré l'ouverture de la ministre de la Famille, Ursula von der Leyen, pour d'autres formes de vie en commun, la politique familiale de la CDU reste très conservatrice. Son parti a du mal à la suivre. Ce sera sans doute le prochain point de conflit, notamment avec les nouvelles générations et en particulier les jeunes femmes», analyse Peter Lösche, politologue et professeur de sciences politiques à l'Université de Göttingen. Or, selon lui, «la CDU devrait baser sa campagne en vue des élections de 2009 sur deux points forts: les succès de sa politique familiale, avec le congé parental, les allocations d'entretien, les crèches, et par ailleurs la poursuite de la politique de réformes qui a permis la relance de l'économie».

Star incontestée du gouvernement, Ursula von der Leyen éprouve déjà les limites de son influence au sein de son parti. Confrontée à une Allemagne qui boude les berceaux, cette mère de sept enfants veut encourager les naissances dans le pays.

Offrir des avantages fiscaux

Alors que la ministre souhaitait soutenir les familles qui font l'effort de mettre leurs enfants à la crèche, afin d'encourager les mères à poursuivre leur carrière professionnelle, la CDU l'a contrainte à verser également une indemnité à celles qui décident de rester au foyer. Un non-sens sur le plan éducatif pour la ministre. La décision devrait être confirmée au congrès de Hanovre.

Aux familles, quelle que soit leur forme de vie, Ursula von der Leyen aurait également souhaité offrir des avantages fiscaux plus importants qu'aux couples sans enfants. La suppression du splitting (taxation séparée) pour les couples est jugée inacceptable au sein de la CDU. Pas de loi qui défavorise le mariage. En échange, la ministre proposera prochainement une augmentation sensible des allocations dès le troisième enfant, sur le modèle français.

«Cela dit, il ne faut pas trop se focaliser sur le programme général de la CDU, ajoute Peter Lösche, c'est un parti peu idéologique, passé maître dans les formules assez souples pour être interprétées. L'enjeu, pour les deux ans qui viennent, c'est la poursuite des réformes de l'Agenda 2010 et la capacité de la chancelière à rassembler des courants très différents.»

Après le virage à gauche des sociaux-démocrates, qui cherchent à revenir sur la durée d'indemnisation des chômeurs âgés, la CDU cherche à s'affirmer «comme la seule force politique du centre» capable de poursuivre les réformes dans les deux ans qui viennent, a affirmé la chancelière Angela Merkel. Et coller ainsi au succès économique.