Allemagne

La CDU pour la déchéance de nationalité

Les spécialistes de la sécurité de la CDU et le ministre fédéral de l’Intérieur Thomas de Maizière élaborent un catalogue de revendications sécuritaires. Avec deux mesures symboliques: l’interdiction de la burqa et l’abandon de la double nationalité

Après les attaques à caractère terroriste de la fin juillet, et à quelques semaines d’importantes régionales partielles, les responsables de la sécurité au sein du parti chrétien démocrate allemand, la CDU, se sont réunis à Berlin pendant deux jours, pour définir un catalogue de revendications sécuritaires aux allures de programme électoral.

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Cinq élections régionales auront lieu d’ici les législatives de novembre 2017, dont deux partielles en septembre. Le parti populiste AfD est crédité de quelque 20% des intentions de vote dans les deux régions. Une interdiction partielle de la burqa et la déchéance de nationalité pour les djihadistes binationaux sont au cœur de ces revendications, aux côtés de mesures plus classiques comme le renforcement des effectifs de police et des moyens alloués aux services de renseignements.

«Déclaration de Berlin»

La burqa et la remise en question de la double nationalité pour les enfants de parents étrangers nés en Allemagne – une des réformes phare du gouvernement Schröder – sont devenues les symboles du virage à droite imposé à la CDU par sa base, à qui Angela Merkel avait jusqu’ici dicté un cours centriste et libéral. Mais la chancelière, dont la cote de popularité a chuté de 12 points (à 47% de satisfaits), semble affaiblie.

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Thomas de Maizière, le ministre fédéral de l’Intérieur qui présentait ce catalogue de revendications conservatrices, baptisé «déclaration de Berlin», n’a donné aucun calendrier pour leur introduction. Bien des mesures – l’interdiction de la burqa est contestée par les spécialistes du droit constitutionnel – n’auraient en outre aucune chance de passer au Bundestag dans la constellation politique actuelle, du fait de l’opposition du SPD, associé au gouvernement d’Angela Merkel.

«Depuis des semaines, la CDU répand des théories sans fondements à des fins électorales… Les discussions sur l’interdiction de la burqa ou la suppression de la double nationalité n’ont rien à voir avec la sécurité intérieure. Elles ne font que stimuler la peur envers nos concitoyens musulmans», s’inquiète le chef du groupe parlementaire SPD au Bundestag Thomas Oppermann.

Peur de l’islam

Selon un sondage réalisé pour l’institut en ligne YouGov, 60% des Allemands sont pour la suppression de la double nationalité pour les enfants de migrants nés en Allemagne. Mais dans la «déclaration de Berlin», il n’est plus question d’une revendication aussi systématique. Il n’y est question que de la déchéance de nationalité pour les djihadistes partis combattre en Irak ou en Syrie. Une vague déclaration d’intention stipule par ailleurs qu’«éviter les nationalités multiples doit rester la base du code de la nationalité» allemand.

L’importance accordée à l’interdiction de la burqa et à l’abolition de la double nationalité dans le débat politique depuis début août en dit long sur les inquiétudes des Allemands. Un tiers d’entre eux assurent dans un sondage publié vendredi par le quotidien Süddeutsche Zeitung avoir peur du «poids grandissant de l’islam» dans la société et se «sentir comme des étrangers» dans leur propre pays.

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