«Nous sommes au centre et au centre il n'y a que nous!» C'est à Hanovre, sur les terres de l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, celui-là même qui avait inventé pour son parti la notion de «nouveau centre», que la chancelière Angela Merkel a voulu tout à la fois moderniser son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), et se démarquer nettement du SPD, son partenaire au sein de la grande coalition. Bien que marqué d'un sceau plus social, le programme fondamental adopté mardi par le congrès de la CDU pour ses vingt prochaines années est davantage une adaptation consensuelle à la modernisation de la société qu'une ouverture à gauche.

Pour recentrer le parti conservateur, Angela Merkel a appris qu'il ne fallait pas donner à la base traditionnelle le sentiment de ne plus être pris en considération. C'est ainsi que la chancelière est venue elle-même défendre l'allocation d'entretien de quelque 150 euros par mois pour les mères qui décident de rester au foyer pour élever leur enfant. Une mesure symbolique pour le puissant courant conservateur. Angela Merkel a dû prendre le contre-pied de l'organisation interne des femmes chrétiennes-démocrates et de la ministre de la Famille, Ursula von der Leyen, qui trouvent que la mesure est non seulement impossible à financer, mais aussi un non-sens du point de vue éducatif.

A vrai dire la chancelière ne prenait guère de risque: la proposition ne vise que le terme de 2013. Et qui sait qui sera alors au pouvoir. Et du même coup elle apparaissait comme la garante d'une stratégie par laquelle elle a entrepris d'adapter son parti aux nouvelles réalités de la société allemande: donner aux citoyens le choix. Choix de leur mode de vie, mariage ou communauté variable, crèche ou mère au foyer.

La seule véritable controverse de ce congrès aura en fait porté sur l'assouplissement de la loi concernant la recherche sur les cellules souches. Jusqu'à présent la production de telles cellules est interdite en Allemagne et la recherche se fait sur des cellules importées. A une courte majorité, la CDU a estimé que l'on pouvait assouplir la loi.

Les 77 pages du programme stratégique de la CDU font ainsi un constant va-et-vient entre une timide ouverture et un rappel des valeurs traditionnelles. La CDU se décrit ainsi comme «un parti du centre qui se reconnaît dans ses racines chrétiennes-sociales, libérales et conservatrices» et qui a pour but de construire «une société de l'égalité des chances». Plus question de la société «multi-kulti» tolérante envers les cultures des immigrés que les Verts voulaient promouvoir. Le drapeau et l'hymne national doivent symboliser les valeurs démocratiques et il est exigé de chaque immigrant qu'il connaisse l'histoire et la langue allemandes, la «culture de référence». Mais on y parle de l'Allemagne comme «pays d'intégration», ce qui était encore inimaginable il y a peu.

Si le mariage est toujours considéré comme le «modèle» pour la communauté de vie entre homme et femme - pas question d'aller jusqu'au mariage homosexuel - c'est sur la famille que la CDU axe l'essentiel de sa politique. Une famille qui peut s'éloigner du foyer traditionnel du moment que ce soit «un lieu où les parents exercent leur responsabilité envers les enfants» et réciproquement. La politique familiale doit aussi offrir la possibilité d'un véritable choix entre famille et carrière professionnelle.

En matière économique, la CDU estime que l'économie sociale de marché, et non le libéralisme, est une réponse aux problèmes de la globalisation. Mais en même temps elle veut réformer le marché du travail et assouplir notamment les conditions de licenciement.

Enfin, à côté de la politique familiale, c'est sur la protection du climat que la CDU veut désormais se profiler, avec l'exigence d'une forte réduction des gaz à effet de serre. Pour une bonne raison: depuis qu'Angela Merkel s'est distinguée dans ce dossier au niveau international, près d'un électeur des Verts sur deux est prêt à voter pour elle aux prochaines élections, voir à entrer dans une coalition «noire et verte».