Les villes abandonnent la CDU

Allemagne Le parti a essuyé une défaite historique à Hambourg avec 15,9% des voix

Les élus urbains du parti redoutent d’être chassés des grandes villes allemandes

Stupeur et fronde dans les rangs urbains de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Le parti d’Angela Merkel a subi la pire défaite de son histoire dimanche soir à Hambourg, avec 15,9% des suffrages aux élections régionales partielles de la ville-Etat. Certes, le succès du bourgmestre sortant, le très populaire Olaf Scholz, social-démocrate (SPD), était acquis d’avance. Avec environ 46% des voix, le SPD au pouvoir a été largement reconduit, même s’il perd la majorité absolue dans son bastion historique et devra gouverner avec les Verts (près de 12% des voix).

«Lorsque le candidat sortant ne commet pas d’erreur, son challenger a peu de marge de manœuvre», résumait lundi Angela Merkel pour expliquer la défaite de son parti. D’autant qu’il n’est pas nouveau que la CDU a du mal à séduire l’électorat urbain.

Mais c’est justement ce dernier point qui inquiète le plus les élus locaux: la CDU ne dirige plus aucune des dix plus grandes villes d’Allemagne. Dans son escarcelle municipale, elle n’a plus que Francfort, Düsseldorf et Dresde. Et le désamour des citadins pour la démocratie chrétienne est tel que le parti n’alignera même pas de candidat propre aux prochaines municipales de Cologne, acquise à la gauche. La CDU serait-elle sur le point de devenir un parti rural? Au sein de la direction du parti certains s’en inquiètent.

Pour Angela Merkel, pas question pour autant de changer de cap. La chancelière n’a pas hésité à donner en exemple l’ancien président de la République Christian Wulff. Celui qu’elle avait lâché sans états d’âme lorsqu’il avait trébuché sur une bagatelle de prêt à taux avantageux «a bien eu besoin de deux essais avant de remporter Hanovre», a-t-elle rappelé le plus sérieusement du monde lundi soir, à l’occasion d’une réunion houleuse de la direction du parti consacrée à l’analyse de la débâcle de Hambourg. «La défaite est amère», a concédé la chancelière. Mais pas question de changer d’un iota la politique de la ville de son parti. «Nous avons longuement parlé de la problématique villes-campagnes. Il n’y aura pas de politique spécifique aux villes.» C’est précisément ce que réclament les élus urbains: la CDU, argumentent-ils, n’est créditée par l’électorat d’aucune compétence particulière en matière de transports en commun, ou sur le logement, les nouveaux types de partenariat de vie, les drogues, l’alimentation saine et les espaces verts… Sur tous ces points, la CDU se fait doubler par les Verts, Die Linke ou même le poussiéreux SPD.

«Nous devons travailler sur le contenu, et sur les personnes», estime Kai Wegner, chargé de la politique «grandes villes» au sein du groupe parlementaire CDU-CSU du Bundestag. Il réclame ni plus ni moins qu’une «cure de jouvence» au niveau du personnel politique. A ses yeux, les élus urbains sont souvent trop âgés et éloignés des préoccupations des jeunes citadins. Il réclame également l’élaboration d’une politique spécifique abordant les questions de la justice sociale, de la mobilité, de l’écologie, et du logement. «Les villes changent, la CDU doit changer aussi», insiste le député.

Lundi soir, plusieurs voix se sont élevées au sein de la direction de la CDU pour demander s’il n’y avait pas une alternative à l’attente du troisième essai, préconisée par la chancelière. Le candidat du parti à Hambourg, Dietrich Wersich, n’en était qu’à sa première tentative d’emporter la cité hanséatique. La prochaine débâcle se profile déjà, le 10 mai prochain, aux élections régionales partielles de la ville-Etat de Brême.

Les élus urbains sont souvent trop âgés et éloignés des préoccupations des jeunes citadins