Même si la grande coalition au pouvoir à Berlin fait face à une chute de popularité dans les sondages, Angela Merkel devrait sortir très renforcée du congrès de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) qui s'ouvre lundi à Dresde. Les quelque mille délégués de la formation conservatrice, qui se définit essentiellement comme un parti de gouvernement, devraient lui être reconnaissants d'avoir permis à la droite de retrouver le pouvoir aux élections de septembre 2005. Même si l'obligation de constituer une grande coalition garde un goût d'amertume.

Angela Merkel, avec un score probable supérieur aux 88% de voix obtenus l'an dernier, devrait ainsi raffermir son autorité sur le parti. Les excellents résultats économiques de ces dernières semaines, croissance inattendue, recul du chômage et réduction du déficit de l'Etat, devraient permettre à la chancelière de faire oublier un peu les critiques sur les hésitations perçues dans les réformes: privatisation inachevée de Deutsche Bahn, les chemins de fers fédéraux; refonte très contestée de l'assurance maladie; report de l'âge de la retraite à 67 ans ou fiscalité des entreprises.

Le congrès de Dresde devrait surtout permettre à la chancelière de mesurer sa propre popularité face à celle des barons régionaux, Roland Koch, ministre-président de Hesse, Christian Wulff, en Basse-Saxe, ou Jürgen Rüttgers, en Rhénanie-Westphalie, qui lui contestent son autorité. Les trois dirigeants régionaux briguent en effet une réélection à l'une des vice-présidences de la CDU.

Orientation sociale

A cet égard, l'élection de Jürgen Rüttgers, patron du plus grand Etat régional allemand, permettra aussi aux délégués de se prononcer sur l'orientation sociale du parti. Tiraillée entre ses ailes conservatrice et sociale, adepte de davantage de souplesse dans les rapports de travail et d'une plus grande libéralisation des structures économiques, la CDU, contrainte aux compromis au sein du gouvernement, cherche à se donner un profil qui la distingue nettement de son partenaire social-démocrate.

Or depuis plusieurs mois, le patron de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui sait d'où le vent souffle, s'est fait le défenseur d'une ligne plus sociale, accusant notamment le parti de perdre son âme et ses électeurs - 800 membres quitteraient le parti chaque mois - à cause des réformes libérales introduites par le gouvernement.

Sa proposition, qui devrait être adoptée lors du congrès, de calculer le montant de l'allocation chômage en fonction de la durée de cotisation, donc de l'âge du bénéficiaire, a précisément provoqué quelques remous au sein de la CDU. Jürgen Rüttgers veut que les chômeurs les plus âgés aient droit à davantage qu'une année d'assurance, comme c'est le cas actuellement pour tout le monde. Cette initiative a contraint le président de la République fédérale, Horst Köhler, élu pourtant grâce aux voix des conservateurs, à intervenir dans le débat en rappelant que l'assurance chômage n'est pas une assurance de prévoyance individuelle, mais bien un instrument de solidarité. Applaudi par le SPD, Horst Köhler a été désavoué par les dirigeants de la CDU. Diplomatiquement, Angela Merkel a rappelé que le président avait le droit de s'exprimer sur les sujets qui lui semblent importants, mais qu'à ses yeux l'idée de Jürgen Rüttgers coïncidait avec la ligne du parti.

A droite, l'ex-général Jörg Schönbohm, ministre de l'Intérieur du Brandebourg, qui brigue un siège au sein de la direction, aimerait renforcer l'aile conservatrice. Il estime que l'Etat va trop loin en renforçant son rôle dans l'éducation des enfants, comme il vient de le faire en accordant un congé parental de quatorze mois, avec 67% du salaire assuré.