Depuis 1951, Helmut Kohl avait participé à tous les congrès de l'Union chrétienne-démocrate (CDU). A Essen, où sont réunis depuis lundi les délégués du grand parti allemand, il n'était pas là. Il n'y était pas le bienvenu puisque la CDU veut y donner le «signal d'un nouveau départ». Angela Merkel, qui a été élue hier présidente du parti avec 95,9% des voix, est celle qui a annoncé il y a quelques mois «la fin de l'ère Kohl».

Wolfgang Schäuble, président démissionnaire, a déclaré que la phase d'éclaircissement après l'affaire des caisses noires était terminée, tout en reconnaissant que la provenance de 10 millions de DM (environ 8 millions de francs suisses) n'était pas encore élucidée. «Beaucoup de points ne sont pas éclaircis», constate Erwin Scheuch, professeur de sociologie à l'Université de Cologne, auteur d'un livre sur la crise à la CDU. Il est pourtant convaincu que la tempête s'est apaisée: «En présentant un bon programme, le parti pourra faire passer les affaires au second plan.»

Le débat d'idées pourrait ainsi gentiment reprendre le dessus: la CDU a d'ailleurs choisi comme slogan pour son congrès «Retour au fond» (zur Sache). Le parti est pourtant encore bien handicapé: selon un sondage de l'institut Infratest Dimap, seuls 23% des Allemands estiment qu'il est capable de résoudre leurs principaux problèmes contre 38% au SPD. Angela Merkel devra encore convaincre les électeurs. Pour l'instant, cette physicienne originaire de l'Allemagne de l'Est profite de l'image intègre qu'elle a su se donner depuis le début des affaires à la CDU. Sa cote de popularité dépasse celle de Gerhard Schröder (70% contre 59%). Pourtant, son parti est désorienté.

«A la base, beaucoup se demandent quelle est notre identité, explique ainsi Ole von Beust, le chef de la CDU de Hambourg. Une question qui ne s'était jamais posée sous Helmut Kohl.» Les trois courants du parti (conservateur, chrétien-social et libéral) coexistaient alors pacifiquement sous la main de fer de l'ancien chancelier. Aujourd'hui, des représentants de l'aide libérale ont pris place à la tête de la CDU. A côté d'Angela Merkel, le nouveau secrétaire général, Ruprecht Polenz, est de cette tendance. Si la nouvelle présidente est connue pour ses positions progressistes en matière de politique familiale, M. Polenz, lui, s'est fait remarquer par son opposition à la campagne populiste de la CDU contre la double nationalité.

Même la CDU a placé à sa tête des personnalités plutôt progressistes, le parti a paradoxalement tendance à glisser vers la droite. Jürgen Rüttgers, chef de file pour les régionales de mai en Rhénanie du Nord/Westphalie, s'est lancé dans une campagne contre les 20 000 informaticiens étrangers auxquels le gouvernement Schröder veut accorder des permis. «Depuis onze ans, le système de repères de la CDU s'est déplacé vers la droite, les ailes nationale-conservatrice et néo-libérale ont gagné du terrain», constate Heiner Geissler, l'un des porte-parole de la gauche du parti, dans un article publié par l'hebdomadaire Die Zeit. Le conservatisme à la CDU, explique-t-il plus loin, va jusqu'aux portes de l'extrémisme, avec des slogans tels que «la barque est pleine» ou «l'Allemagne aux Allemands». Ces propos font le lit des déclarations de Friedrich Merz, nouveau chef du groupe parlementaire de la CDU, qui s'oppose aux sanctions à l'égard de l'Autriche. Ce qui fait dire au chancelier Schröder: «Friedrich Merz donne l'impression d'être proche des thèses du politicien autrichien.» Une allusion à l'extrémiste Jörg Haider.

Dans son discours aux délégués, Angela Merkel a relativisé les luttes de clans à l'intérieur de la CDU. Elle a souligné que le parti devait camper au centre pour «réunir les forces conservatrices et libérales». Les débats de fond risquent pourtant de passer au second plan. Alexander Gauland, biographe de Helmut Kohl et spécialiste de la CDU, explique que le parti ne connaît en fait qu'un critère: celui du succès. Selon lui, les 2000 fonctionnaires du parti nommés par l'ancien chancelier pourraient vite oublier le dépoussiérage du monument Kohl entrepris par Angela Merkel si la CDU peut rapidement renouer avec le succès. L'avenir proche n'est pas rose: selon les sondages, la CDU devrait clairement perdre les élections en Rhénanie du Nord/Westphalie.