En bras de chemise et la main sur l’oreille, le correspondant d’Al- Jazira faisait preuve d’une parfaite décontraction hier, menant son direct d’un toit surplombant la place Tahrir. Seule la clameur de la foule immense à ses pieds menaçait de faire rompre son micro.

Bravant une interdiction d’émettre prononcée dimanche par les autorités égyptiennes et la révocation des accréditations de ses journalistes, la chaîne d’information qatarie n’a pas pour autant cessé son direct hier. Six de ses employés ont été brièvement arrêtés à leur hôtel lundi, puis aussitôt relâchés après que le Département d’Etat américain se fut dit «préoccupé» à leur sujet. Le responsable des émissions anglophones d’Al-Jazira a indiqué mardi que l’audience du site de la chaîne avait bondi de 2500% depuis de début des manifestations en Egypte.

«C’est du jamais-vu»

Pas plus que les menaces d’arrestations de journalistes le blocage complet d’Internet dans le pays n’a empêché les médias étrangers de couvrir les manifestations via des liaisons satellite. Les quatre plus grands fournisseurs d’accès égyptiens avaient bloqué tout accès au Net jeudi. Le dernier opérateur qui maintenait encore ses connexions, Noor Group, a cessé ses activités lundi soir.

Si elle n’a gêné ni les manifestants ni les médias, la coupure a eu des conséquences sur des activités économiques vitales dans le pays. Selon Earl Zimjewski, de la société de sécurité informatique britannique Renesys, la coupure tardive de Noor quatre jours après les autres fournisseurs s’expliquerait par le fait que la société assure la connexion à nombre d’institutions privées et publiques critiques. Parmi ses clients figurent des organismes de crédit, le siège de l’assureur Allianz ou encore un centre informatique utilisé par des compagnies aériennes et des banques. Noor assurait également la liaison internet de la bourse égyptienne (EGX), dont le site a cessé de répondre. Le marché a plongé de 16% la semaine dernière et n’a pas rouvert lundi.

Google à la rescousse

Ni l’Iran durant les manifestations de 2009 ni le régime tunisien dans ses dernières heures n’avaient été jusqu’à couper complètement l’accès internet, notait jeudi Earl Zimjewski sur son blog avant de s’interroger: «Que se passe-t-il quand vous déconnectez du jour au lendemain une économie moderne de 80 millions d’habitant? C’est du jamais-vu.»

Google a annoncé lundi s’être allié avec Twitter pour permettre aux Egyptiens d’envoyer des messages sur le site de microblogs via des lignes téléphoniques. Par ce service, les messages laissés sur les répondeurs de trois numéros aux Etats-Unis, en Italie et au Bharaïn sont mis en ligne sur le site Twitter. Ils peuvent être écoutés à l’adresse twitter.com/speak2tweet. Plus de 700 messages avaient été postés hier soir, souvent inaudibles. L’annonce a surtout permis à Google de mettre en avant le savoir-faire de l’entreprise SayNow, que le groupe californien vient juste de racheter.