Plus de 400 disparus après le naufrage d’un ferry sur le fleuve Bleu

Chine Victime d’un typhon en amont de la métropole de Wuhan, le navire transportait des touristes chinois entre Nankin et Chongqing

La Chine a lancé une vaste opération de sauvetage sur le fleuve Bleu (le Yangzi Jiang) à la suite du naufrage d’un ferry transportant 458 personnes, lundi 1er juin au soir, en amont de Wuhan, dans le centre du pays, par mauvais temps. Les passagers, pour la plupart des touristes chinois âgés de 50 à 80 ans participant à une croisière organisée par un tour-opérateur de Shanghai, se trouvaient à bord du Dongfangzhixing («Etoile d’Orient»), qui reliait la ville de Nankin à la mégalopole de Chong­qing. Aucune estimation du nombre de victimes n’a encore été donnée, mais il pourrait dépasser celui du Sewol, le ferry sud-coréen qui a coulé en avril 2014, faisant près de 300 morts, et dont le capitaine, Lee Joon-seok, a été condamné en novembre à 36 ans de prison pour «négligence grossière».

Premier ministre sur place

Près d’une dizaine de personnes auraient été recueillies par les sauveteurs, dont le capitaine et un ingénieur, qui ont attribué l’incident à un «typhon» ou une «tornade», selon les médias chinois. Un corps a été repêché. Aucun signal de détresse n’a été émis par le navire, construit en 1994, et ce sont des passagers ou des membres de l’équipage ayant gagné le rivage à la nage qui ont donné l’alarme, selon Le Quotidien du peuple.

La plupart des passagers sont originaires de la province du Jiangsu, dont Nankin est la capitale, ainsi que de Shanghai. Outre les touristes et cinq guides, le navire, qui a sombré dans le district de Jianli (province du Hubei), en aval de la retenue des Trois Gorges, comptait 47 membres d’équipage. Il appartenait à la Chong­qing Eastern Shipping Corporation, établie en 1967 pour effectuer des croisières sur le site touristique des Trois Gorges, devenu, en 2009, un gigantesque barrage que les navires franchissent grâce un système d’ascenseur à bateaux et d’écluses. Le Yangzi (ou «Changjiang», littéralement «long fleuve», son autre nom en chinois) est le plus long des fleuves chinois (6380 km). Il prend sa source sur les plateaux tibétains du Qinghai.

Le premier ministre, Li Keqiang, s’est rendu sur place hier matin, tandis que le président Xi Jinping a appelé à mettre tout en œuvre pour sauver les vies. Les médias chinois ont d’ores et déjà montré Li Keqiang impliqué dans les opérations de sauvetage depuis un poste de contrôle. Les dirigeants communistes veillent à projeter l’image d’hommes d’Etat responsables lors de catastrophes pour ne pas donner prise aux critiques de la blogosphère qui peuvent être très virulentes, comme lors de la tragédie ferroviaire de Wenzhou en 2011 ou la bousculade mortelle du Nouvel An 2015 à Shanghai.

A l’instar des autres désastres de grande ampleur, chaque information relative au propriétaire du navire, aux consignes de sécurité, au comportement de l’équipage ou des autorités de supervision, a tout lieu d’être examinée à la loupe par les internautes, même si un certain degré de censure peut intervenir si les autorités l’estiment nécessaire. A Shanghai, des proches des passagers se sont rendus, hier matin, dans les locaux du tour-opérateur Shanghai Xiehe Travel Agency en quête de nouvelles des leurs. Certains ont déclaré avoir appris le naufrage par la presse.

«Signes de vie»

Plusieurs dizaines de bateaux, dont une centaine d’embarcations de pêcheurs, participent aux opérations, ainsi que des plongeurs, mais les intempéries ont d’abord ralenti les recherches. La pluie a cessé et les eaux du fleuve sont désormais calmes. Selon Le Quotidien du Hubei, le navire de 76,5 mètres aurait chaviré. Il n’était pas surchargé, puisque sa capacité maximale est de plus de 500 personnes. Une partie de sa coque est visible, la profondeur du Yangzi étant d’environ 15 mètres à cet endroit, et des informations diffusées par la presse chinoise ont fait état de «signes de vie» détectés par les sauveteurs sur place. Les médias chinois ont diffusé des photos de ceux-ci en train d’ausculter la coque retournée du bateau. Vingt-deux personnes avaient trouvé la mort en janvier, dont huit étrangers, sur un remorqueur qui effectuait des tests en aval du fleuve Bleu.