France

La centrale nucléaire de Fessenheim sera bien fermée

Le complexe de deux réacteurs, voisin de la Suisse, est régulièrement pointé du doigt pour ses problèmes techniques. C’est la fin d’un autre long feuilleton écologique, après l’annonce de l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes

Sébastien Lecornu est désormais l’homme en charge du dossier de la centrale nucléaire de Fessenheim. Secrétaire d’Etat pour la Transition écologique auprès du ministre Nicolas Hulot, cet élu de la Normandie s’est imposé la semaine dernière comme l’interlocuteur des 800 salariés de la plus ancienne des centrales françaises, frontalière de la Suisse. Le gouvernement français avait publié en avril 2017 le décret portant annonce de la fermeture de ce complexe de deux réacteurs, entré en service à la fin des années 1970 et régulièrement pointé du doigt pour ses problèmes techniques par les partisans de son démantèlement, des deux côtés du Rhin.

Après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes la semaine dernière, la confirmation de cette fermeture à la fin de 2018 mettra un terme à l’autre feuilleton écologique désastreux du quinquennat de François Hollande, qui avait promis, lors de son élection en 2012, l’arrêt de Fessenheim avant la fin de son mandat.

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Le comité installé pour piloter la fermeture du site nucléaire devra en priorité examiner l’option défendue par Electricité de France (EDF), qui exploite la centrale: celle de la création à Fessenheim d’un site pionnier spécialisé dans le démantèlement des installations nucléaires civiles. Il devra aussi préciser le calendrier de la fermeture, sujet décisif pour le consortium suisse Centrales nucléaires en participations (CNP) – regroupement des sociétés Alpiq, Axpo et BKW – qui a rompu l’an dernier, à la suite du décret français, son contrat d’approvisionnement.

Dédommagements et reports de contrat

Signé avec EDF en 1971, ce contrat assurait à la partie helvétique d’obtenir 15% de la production annuelle des deux réacteurs alsaciens, moyennant participation aux coûts de la centrale. Des dédommagements ou des reports de contrat sur d’autres centrales devront donc être négociés. En visite en France en 2016, Doris Leuthard avait regretté la paralysie de ce dossier alors aux mains de la ministre Ségolène Royal. Emmanuel Macron avait promis, lors de sa campagne présidentielle, de procéder à la fermeture du site dès lors que de «vraies mesures de compensation et d’accompagnement» auront été convenues avec EDF.

L’autre possibilité évoquée est de bâtir dans cette région – probablement pas sur le site lui-même qui devra être décontaminé – un centre de production ou de transformation d’énergies renouvelables (solaire, éolien, biométhane), en collaboration éventuelle avec la Suisse. Plusieurs questions demeurent toutefois à ce stade concernant la fermeture: elles portent sur la durée du démantèlement (certains experts parlent d’au moins vingt ans) et sur son coût, estimé par EDF à 500 millions, une sous-estimation selon les associations de défense de l’environnement.

Autre sujet: le dédommagement que l’Etat devra apporter à EDF, privé d’une de ses ressources. Un protocole signé en janvier 2017, avant la publication du décret, prévoit une indemnisation de 446 millions d’euros, dont un premier versement d’environ 100 millions d’euros lors de l’arrêt.

L’EPR et sa facture astronomique

EDF avait jusque-là lié le sort de Fessenheim à celui de la centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche, qui abrite le futur réacteur pressurisé européen (EPR). L’exploitant prévoit de démarrer l’EPR d’ici à fin 2018, pour une mise en service commerciale en 2019, alors que le calendrier initial la prévoyait pour 2012. La facture de ce projet, frère jumeau du réacteur EPR de Hinkley Point au Royaume-Uni, est déjà astronomique, proche des 10 milliards d’euros, et des problèmes soulevés sur la cuve obligeront EDF à en changer le «couvercle» d’ici à 2024.

Partisan du maintien de la filière nucléaire française – 58 réacteurs produisant 77% de l’électricité consommée en France –, Emmanuel Macron entend mener, dans la foulée de la fermeture de Fessenheim, un audit complet de ce secteur stratégique.

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