Des jets de pierres et de cocktails Molotov, des télévisions et autres projectiles jetés sur la foule du haut des immeubles: il est un peu plus de 15 heures quand les abords de la place Tahrir, au centre du Caire, se transforment en champ de bataille. Menés par des cavaliers et des chameliers venant du plateau des pyramides de Gizeh, des milliers de partisans de Hosni Moubarak tentent d’investir ce symbole de la contestation, au lendemain d’une grande journée de mobilisation pacifique et de l’annonce, par le président égyptien, qu’il ne briguera pas en septembre un nouveau mandat.

«Ils nous attaquent, ils nous attaquent», hurle une jeune femme au moment où éclatent de violents affrontements. Selon des sources médicales, le bilan dépasse les 400 blessés à la tombée de la nuit, dont plusieurs journalistes étrangers. Un soldat a également trouvé la mort en tombant d’un pont, selon la télévision d’Etat. «Nous n’avons pas d’ambulance pour évacuer les blessés. Pourquoi l’armée n’intervient-elle pas pour nous protéger?», gémit une manifestante.

Malgré les chars déployés en force autour de la place, les militaires se contentent de tirer des grenades lacrymogènes pour tenter de séparer les opposants et les militants pro-Moubarak, dont certains sont, selon les manifestants pro-démocratie, des policiers en civil et des beltageya, des hommes de main à la solde du pouvoir. Le calme, précaire, ne revient qu’une fois la nuit tombée sur l’immense esplanade, occupée depuis neuf jours par les protestataires, malgré le couvre-feu et l’appel lancé hier matin par l’armée à mettre fin aux manifestations.

Plus tôt dans la journée, les partisans du président égyptien avaient pourtant réussi une démonstration de force en se rassemblant, sans doute par dizaines de milliers, en plusieurs points de la capitale. Un grand rassemblement pacifique a notamment eu lieu devant la mosquée Moustafa Mahmoud, de l’autre côté du Nil par rapport à la place Tahrir, mais aussi devant le bâtiment de la radio-télévision égyptienne.

«Ils ont été payés»

Une réponse aux centaines de milliers de protestataires rassemblés la veille à travers le pays pour demander le départ de Hosni Moubarak après près de trente ans au pouvoir, mais aussi aux dirigeants occidentaux qui, à l’instar du président américain Barack Obama, l’ont appelé à organiser une «transition immédiate».

«On aime Hosni Moubarak, laissez-le finir son mandat en paix», hurle un manifestant en brandissant un portrait du raïs. «C’est de la propagande, ils ont été payés, ces gens ont besoin de manger», assure un chauffeur de taxi, effaré de voir à travers Le Caire des véhicules circuler, drapeau au vent, passagers aux fenêtres chantant les louanges du président Moubarak. «Hier, toute l’Egypte voulait le départ de Moubarak, aujourd’hui, c’est l’inverse», ajoute-t-il, grinçant.

Le discours de Hosni Moubarak a exaspéré ceux qui voulaient le voir partir immédiatement, mais il a aussi réveillé la fibre nationaliste de nombreux autres, émus d’entendre cet homme, héros de guerre, dire son souhait de mourir sur la terre d’Egypte. «Son erreur c’est d’être resté trop longtemps, et d’avoir laissé émerger une bande de rapaces profiteurs. Mais malgré ses défauts, il ne mérite pas de partir dans le déshonneur», plaide un épicier.