Union européenne

Des centres de réfugiés dans des États tiers pour désengorger l’Europe

La Turquie participerait à la gestion commune de la crise contre l'exemption de visas pour des voyages de courte durée. L'UE entend conditionner l'aide au développement à l'Afrique contre des mesures visant à retenir les candidats au départ

L’idée d’aménager des centres d’enregistrement ou de tri des réfugiés dans des pays de départ ou de transit, ce qui permettrait à l’Europe d’accueillir seulement ceux ayant besoin de protection, fait son chemin. Elle concerne en premier lieu la Turquie, première porte d’entrée pour les candidats à l’asile qui fuient la guerre en Syrie, mais aussi d’Irak, d’Afghanistan et du Pakistan. Une telle mesure servirait surtout à endiguer le flux migratoire en direction de l’Europe.

Le sujet a fait l’objet des négociations entre le premier vice-président de la Commission, Franz Timmermans, et les autorités turques mercredi et jeudi. Ce dernier a été dépêché d’urgence à Ankara pour défendre le plan d’action européen qui veut associer la Turquie à une gestion commune de la crise des réfugiés. Le dirigeant européen a demandé à ses hôtes de renforcer la surveillance de leurs frontières et d’envisager la création de centres d’enregistrement. A l’occasion du sommet européen jeudi à Bruxelles, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a aussi demandé aux chefs d’Etat et de gouvernement d’aider la Turquie à mettre les structures en place afin que les Syriens puissent obtenir le statut de réfugiés sur le territoire turc.

En contrepartie, l’Union serait proche de prendre la décision historique d’exempter les ressortissants turcs de visas pour des séjours de courte durée en Europe. Par ailleurs, elle propose de verser un milliard d’euros à la Turquie pour l’aider à faire face à l’accueil des réfugiés. Ankara exigerait le triple. Selon les chiffres turcs, 2,5 millions de réfugiés et de migrants sont actuellement répartis dans 25 camps dans le pays, dont une bonne partie serait potentiellement candidats au départ pour l’Europe.

«Un centre de tri ou d’enregistrement dans un pays tiers pose d’importants problèmes légaux et techniques, déclare Elizabeth Collet, directrice du Migration Policy Institute Europe basé à Bruxelles. Il serait nécessaire mais difficile d’y imposer des règles ou des standards européens.» Une telle initiative, selon elle, suppose aussi que des Etats européens accueillent volontairement ceux ayant droit à l’asile. «Vu la difficulté récente de relocaliser les 160 000 réfugiés se trouvant en Italie et en Grèce, elle ne serait 
pas réaliste, poursuit-elle. En revanche, un centre d’enregistrement dans le pays d’origine ou de transit est un bon moyen pour éviter que les candidats à l’asile entreprennent des voyages dangereux ou se fassent exploiter par les passeurs.»

Pour Elizabeth Collet, l’EU doit offrir des contreparties importantes directement à la Turquie si elle accepte d’établir des centres de tri sur son territoire. «Dans la situation actuelle, c’est Ankara qui se trouve dans une position de force, dit-elle. La Jordanie et le Liban, qui n’ont pas de frontières avec l’Europe, ont davantage besoin d’aide pour accueillir les réfugiés sur place.»

Projet pilote au Niger

L’aménagement des centres de tri dans des pays tiers fera l’objet de négociations poussées entre les dirigeants européens et leurs homologues d’Afrique lors d’une rencontre au sommet les 11 et 12 novembre prochain à La Valette, capitale de Malte. Selon la Commission européenne, un projet pilote verrait le jour prochainement au Niger. Il s’agirait, selon elle, d’un centre multifonctionnel tant pour fournir des informations aux candidats à l’asile que pour identifier les vrais candidats à l’asile et les migrants économiques. Le centre accueillerait aussi les requérants d’asile africains déboutés en Europe, avant qu’ils ne soient rapatriés dans leur pays respectif.

«En soi, l’idée n’est pas mauvaise», explique Yves Pascouau, directeur de la division Migration et mobilité au European Policy Centre, un centre d’études politiques et économiques à Bruxelles. Il ne cache toutefois pas son scepticisme par rapport à un tel projet. Selon lui, l’UE veut conditionner son aide au développement à des mesures sécuritaires visant à empêcher les départs des candidats à l’asile. Le chercheur doute aussi de la capacité technique de pays africains à participer à un tel programme.

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