Les centristes finlandais favoris des élections

Finlande Le scrutin législatif se tient dimanche sur fond de crise économique

Le pays n’échappera pas à un vaste programme de réformes

Le printemps n’est pas encore vraiment arrivé à Helsinki, capitale de la Finlande. Une pluie fine et un vent glacial ne découragent pourtant pas la douzaine de volontaires du Parti social-démocrate (SPD) en ce samedi matin. Tous vêtus d’anoraks de couleur rouge vif, ils ont installé un stand d’information sur la grande place de la gare en vue des législatives du dimanche 19 avril. Ils invitent les passants à boire un thé chaud et à participer à l’animation karaoké. Ce n’est pas la foule de grands jours, mais des partisans s’arrêtent et échangent un mot avec Mirka Vaniklet. Assistante sociale, la jeune femme brigue un siège. «Nous sommes un pays très riche avec beaucoup de pauvres, déplore-t-elle. Le nombre de chômeurs de longue durée augmente, mais paradoxalement l’Etat veut couper dans les dépenses sociales.» Elle évoque les restos du cœur qui ont fait leur apparition au pays du Père Noël, une première, et affirme que le nombre de personnes qui dépendent de la soupe populaire augmente.

La Finlande, un modèle qui caracole constamment en tête des indicateurs économiques et sociaux, se trouve à présent dans la situation de l’homme malade de l’Union européenne (UE). La Grèce et d’autres pays de la zone euro se trouvent certes dans une situation moins enviable. Il n’empêche que le déclin de ce pays scandinave, placé sous surveillance par Bruxelles, marque les esprits. Le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB), qui était prévu à 1,1% en 2015, ne sera, selon de nouvelles estimations, que de 0,5%. Après trois années de contraction, le pays doit encore retrouver son rythme de croissance d’avant-crise. De plus, il connaît des difficultés spécifiques de l’industrie du papier et du déclin de la téléphonie, deux fleurons de l’économie. Le chômage devrait dépasser la barre de 9% l’an prochain. Le premier ministre Alexander Stubb avait affirmé récemment à la chaîne CNBC que «l’iPhone a tué Nokia et l’iPad l’industrie du papier». En octobre dernier, l’agence de notation Standard & Poors a privé le pays de son prestigieux AAA.

Sans surprise, l’enjeu économique est au centre de la campagne électorale. «Nos exportations, notamment vers la Russie, ont dégringolé ces dernières années, fait remarquer Markku Kotilainen, directeur de recherches chez Elinkeinoelämän Tutkimuslaitos, un centre de recherche sur l’économie nationale. Et la demande sur le marché européen ne suit pas non plus.»

En Finlande, le grand nombre de partis conduit inéluctablement au partage du pouvoir. «J’espère que mon parti sera de la nouvelle coalition gouvernementale, déclare, le social-démocrate et président sortant du parlement Eero Heinä­luoma. Mais rien n’est gagné d’avance.» Tous les sondages prédisent une défaite du Parti de la coalition nationale (conservateur) du premier ministre Alexander Stubb (17%). Tous les regards sont braqués sur les résultats de la formation populiste et eurosceptique Les Vrais Finlandais rebaptisée Parti finlandais (17%). Timo Soini, son chef charismatique, est omniprésent dans la presse locale et affirme qu’il fera partie du prochain gouvernement. Son discours contre l’euro, mais aussi anti-étrangers, trouve un écho favorable auprès de 12% de l’électorat.

Le Parti du centre dont le chef est Juha Sipilä, un chef d’entreprise qui a fait fortune dans les télécoms et la bioénergie, est donné grand vainqueur (24%). Il promet de diriger le pays comme une entreprise. Son projet immédiat est de réduire le train de vie de l’Etat (les dépenses publiques représentent 58% du PIB) et de réduire le poids de la fiscalité (les impôts représentent 46% du PIB). Juha Sipilä a promis de créer 200 000 emplois.

Le président du parlement Eero Heinäluoma donne sa propre recette. «La Finlande doit gagner en compétitivité et conquérir de nouveaux marchés d’exportations. En Suède voisine, 75% de la population active a un emploi, dit-il. Chez nous, 68%.» L’économiste Markku Kotilainen note que toutes les formations politiques admettent la nécessité de réformes structurelles et entendent promouvoir activement l’innovation.

Les Finlandais se remettent aussi à un concept dit sisu qui signifie courage, ténacité, persévérance et détermination pour s’en sortir. Cet état d’esprit leur avait permis de gagner la guerre contre la Russie en hiver 1939-40.

Le premier ministre Alexander Stubb: «L’iPhone a tué Nokia et l’iPad l’industrie du papier»