Un seul mot pour tout faire déraper. Jeudi, à Strasbourg, les parlementaires européens eurosceptiques ont de nouveau exigé que le futur traité de l'Union européenne, signé au même moment à Lisbonne, soit soumis au référendum. Pas question, pour ces derniers, de baisser les armes en 2008, lorsque les parlements nationaux seront tous conviés à approuver ce texte qui amende les deux traités fondateurs: celui de Rome, en 1957, sur les communautés européennes, et celui de Maastricht, en 1992, sur l'Union européenne. Qu'importe si l'Irlande est le seul pays contraint par sa Constitution de convoquer ses électeurs, sans doute en mai. «2008 sera à nouveau une année d'explication franche autour de l'Europe, reconnaît Sara Hagemann, du Centre pour la politique européenne (EPC) de Bruxelles. Pour que ce traité soit vraiment accepté, ses défenseurs vont devoir le défendre auprès de leurs opinions. Le débat n'est pas clos. Loin s'en faut.»

L'iconographie officielle laisse pourtant penser le contraire. Hier, à Lisbonne, les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE - Gordon Brown excepté (lire ci-contre) - arboraient une mine radieuse devant la somptueuse façade du couvent des Jéronimos, où ils venaient, avec un stylo d'argent, de parapher le document destiné à remplacer la défunte Constitution. A l'image du président de la Commission, José Manuel Barroso, pour qui le texte, censé entrer en vigueur après les élections européennes de la mi-2009, accouche d'«une Europe élargie à 27Etats membres, réunifiée autour de la liberté et de la démocratie» et qui «sera mieux placée qu'un quelconque autre pays ou groupe de pays, non pour imposer, mais pour proposer les solutions dont le monde a besoin».

Problème toutefois: les douze prochains mois ne seront pas de tout repos. «Les leaders européens n'auront peut-être pas besoin de convaincre leurs parlements pour obtenir la ratification du traité de Lisbonne, poursuit Sara Hagemann. Mais ils devront s'engager et montrer que ce texte relance l'Europe dans l'intérêt de tous.»

Le calendrier, de fait, s'annonce plus miné qu'il n'y paraît. Le début de l'année 2008 sera ainsi dominé, sous présidence de la Slovénie, par la question de l'indépendance du Kosovo, sur laquelle l'UE n'a pas encore de position commune. La présidence française, qui suivra de juillet à décembre, sera sans doute utilisée par les ex-partisans du non pour monter au créneau. Conscient de ce risque, Nicolas Sarkozy, qui avait fait de ce traité simplifié l'une de ses principales promesses de campagne, a d'ailleurs décidé de le faire ratifier dès février.

L'autre obstacle annoncé est celui de la pédagogie. S'ils ont raison sur la forme - puisque ce traité modifié n'a rien d'une constitution et qu'il n'entérine pas les symboles supranationaux de l'Union (drapeau, hymne...) -, les défenseurs de la ratification parlementaire ne peuvent pas nier que le document contient des dispositions de nature à influer sur les politiques nationales.

Point symbolique, le Conseil représentant les pays membres se dotera ainsi d'un président, élu pour deux ans et demi, «chargé de représenter l'Union sur la scène mondiale». Autres changements de taille: le fait qu'un million de citoyens européens puissent, à l'avenir, soumettre une proposition législative et le fait que le Parlement européen disposera de la codécision, avec les Etats membres, sur les questions de justice, de sécurité et d'immigration légale. Sans parler de la possibilité, pour un pays qui le désire, de quitter l'Union après négociation avec ses partenaires.

«L'atout de ce traité est de sortir l'Europe du piège constitutionnel, analyse un diplomate. Il faut maintenant s'attaquer au fossé révélé par les référendums français et néerlandais de 2005: celui entre l'UE et l'opinion.» Début des travaux dès aujourd'hui, lors du sommet européen de Bruxelles.