Ne dites pas à Michaël qu’il appartient à la «génération sacrifiée». Sitôt prononcée, cette expression déclenche une salve de reproches. Michaël, originaire d’Angoulême, est inscrit au master d’Ingénierie de l’Université de Cergy-Pontoise, dans le nord-ouest de Paris. Rendez-vous a été pris devant «sa» résidence, Twenty Campus Cergy, où il occupe une chambre depuis deux ans. Trois autres camarades ont accepté d’échanger en plein air, sous le crachin, alors que les étangs voisins sombrent dans la nuit proche. Les bâtiments du campus de cette ville nouvelle construite dans les années 70 se suivent comme des dominos. Cubes de ciment clair. Larges fenètres. 

«Sacrifiée par qui? Par le virus? On est bien moins touchés que les personnes agées. Ceux qui nous sacrifient sont les pouvoirs publics, les enseignants, l’administration de l’université», lâche notre interlocuteur. Il désigne du doigt la direction du campus de l’Essec, une des écoles de commerce les plus prisées de l’Hexagone, dirigée un temps par Jean-Michel Blanquer, l’actuel ministre français de l’Education. «Faites le calcul: la pandémie sévit depuis douze mois pile. Or nos cours, la logistique, notre vie quotidienne… tout continue d’être bricolé comme si le Covid-19 venait juste d’apparaître.»