Italie

Cesare Battisti, expulsé de Bolivie, attendu lundi en Italie

L'ancien activiste d'extrême gauche italien a été capturé samedi soir après une cavale d'un mois. Matteo Salvini a remercié les forces de l'ordre qui ont permis cette arrestation, tout en disant que l'Italie a d'autres noms à réclamer à la France

Cesare Battisti, ex-activiste d'extrême gauche italien condamné à perpétuité en Italie pour quatre meurtres, est attendu lundi midi à Rome où il doit être emprisonné, après avoir été expulsé par la Bolivie. L'avion qui doit le ramener en Italie a décollé dimanche, selon des journalistes de l'AFP, vers 17 heures locales (22 heures en Suisse) de l'aéroport international de Santa Cruz (est de la Bolivie) où il avait été capturé samedi soir après une cavale d'un mois. L'appareil - un Falcon 900 siglé du drapeau italien - est attendu à l'aéroport romain de Ciampino vers 12h30 lundi.

«L'avion avec Cesare Battisti vient de décoller en direction de l'Italie: je suis fier et ému!», s'est félicité le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini sur Twitter.

«Il rentrera directement de la Bolivie. De cette façon, l'ex-terroriste purgera la peine prononcée par la justice italienne : la perpétuité!», a précisé le ministre italien de la Justice Alfonso Bonafede sur son compte Twitter.

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Dans un entretien à la télévision italienne Rainews24, le ministre a expliqué dimanche que le Brésil ne prévoit pas de peines à perpétuité. Dans le passé, un accord avait donc été signé avec ce pays prévoyant de réduire la peine à 30 ans de prison, l'Italie préférant faire ce compromis pour récupérer le fugitif. Ceci n'est toutefois plus d'actualité avec une expulsion depuis la Bolivie. Il doit être placé dans la prison de Rebibbia à Rome.

Des années d'exil

Les geôles italiennes attendent Cesare Battisti «non pas à cause de ses idées politiques, mais bien pour les quatre crimes qu'il a commis ainsi que pour divers délits liés à la lutte armée et au terrorisme», a commenté le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte.

Condamné par contumace à la réclusion à perpétuité pour quatre homicides et complicité de meurtres dans les années 1970 - les «années de plomb» en Italie -, Cesare Battisti, 64 ans, vivait en exil au Brésil depuis 2004, après avoir passé près de 15 ans en France.

L'Italien avait refait sa vie dans ce pays où il a un jeune fils mineur de mère brésilienne, une paternité sur laquelle il comptait d'ailleurs pour le protéger légalement d'une extradition du Brésil. Il a toujours clamé son innocence. En 2010, ce dernier avait bénéficié d'une décision du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, du Parti des Travailleurs (PT), qui avait bloqué son extradition vers l'Italie pourtant autorisée par la Cour suprême. Le 13 décembre, un juge de la Cour suprême du Brésil avait ordonné l'arrestation de Cesare Battisti «en vue d'une extradition».

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L'acte d'extradition avait été signé le lendemain par le président conservateur Michel Temer, auquel Jair Bolsonaro a succédé le 1er janvier. Mais les autorités brésiliennes avaient ensuite perdu sa trace. Selon une source gouvernementale bolivienne, il est entré «de manière illégale dans le pays».

Une extradition saluée au Brésil, comme en Italie

Le président brésilien Jair Bolsonaro a félicité dimanche sur Twitter «les responsables de la capture du terroriste Cesare Battisti». Le fils du président brésilien, le député Eduardo Bolsonaro, a commenté l'arrestation en italien sur Twitter: «le Brésil n'est plus une terre de bandits. Matteo Salvini, le «petit cadeau» va arriver».

Matteo Salvini a remercié les forces de l'ordre italiennes et étrangères qui ont permis l'arrestation d'«un délinquant qui ne mérite pas une vie confortable à la plage, mais de finir ses jours en prison». Le chef de La Ligue (extrême droite), homme fort de l'Italie, n'a pas manqué aussi d'adresser des remerciements à Jair Bolsonaro, son nouvel allié.

L'arrestation de Cesare Battisti a été unanimement saluée en Italie, à droite comme à gauche. Le président de la République Sergio Mattarella espère qu'il sera «rapidement remis à la justice italienne, afin qu'il purge sa peine pour les graves crimes» commis en Italie.

L'Italie a d'autres noms à réclamer à la France

Par ailleurs, Matteo Salvini a annoncé dimanche soir qu'il comptait réclamer rapidement à la France d'autres ex-militants d'extrême gauche condamnés pour meurtre après l'arrestation de Cesare Battisti, longtemps protégé par Paris. 

«Il y en a quelques-uns en France. Souvent la France demande à l'Italie et au gouvernement italien de respecter les règles et les droits humains», a ajouté le ministre italien, très critique du président français Emmanuel Macron. «Je demanderai dès demain au chef du gouvernement (Giuseppe) Conte d'écrire au président Macron pour que la France nous restitue, après trop d'années, des délinquants qui ont pris des vies», a-t-il ajouté, sans citer de nom.

Dans les années 1980, le président socialiste français François Mitterrand s'était engagé à n'extrader aucun militant d'extrême gauche renonçant à la lutte armée. Une centaine de militants italiens ayant activement participé aux meurtrières «années de plomb» de la décennie précédente ont alors refait leur vie en France.

Dans la journée, d'autres situations avaient refait surface Le cas d'Alessio Casimirri, ancien membre du commando des Brigades rouges ayant enlevé et assassiné Aldo Moro en 1978, a notamment été évoqué. «Il est actuellement restaurateur au Nicaragua», un pays avec lequel l'Italie n'a pas d'accord d'extradition, a expliqué le chef du groupe parlementaire Liberi e Uguali.

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