Jeudi matin, petit-déjeuner de presse à la Mission des Etats-Unis à Genève. Betty King a l’air enjoué. La nouvelle ambassadrice américaine, qui s’est installée dans la Cité de Calvin il y a cinq semaines, ironise d’emblée: «Je sais que j’ai la réputation de ne pas parler facilement aux médias. Mais vous pouvez compter sur moi, je vais tenter de vous parler autant que je peux.» Native de Saint-Vincent dans les Antilles, Betty King a été nommée par Barack Obama en octobre 2009 et a été confirmée par le Sénat le 12 février. «C’est un moment excitant de l’Histoire d’être à Genève. Il règne dans notre administration un nouvel esprit multilatéral et une ère nouvelle d’engagement des Etats-Unis. Au sein du Conseil de sécurité nationale, un bureau des Affaires multilatérales dirigée par Samantha Power a même été créé.» Visiblement à l’aise, Betty King passe d’une table à l’autre pour faire la connaissance de tous les journalistes. Une manière de tenir sa promesse initiale. Les questions fusent, elle reste zen. C’est peut-être la marque de fabrique de la nouvelle administration américaine: malgré la tourmente, rester calme et agir.

Betty King n’aime apparemment pas l’image qu’on associe toujours aux Etats-Unis qui, contrairement à la Chine, ne seraient pas favorables aux pays en voie de développement. Durant son mandat genevois, elle entend montrer que le développement est un axe de la politique étrangère américaine. «Genève est très intéressante. C’est là que la communauté internationale entretient le dialogue le plus productif sur tous les problèmes mondiaux», relève-t-elle. On dit d’elle qu’elle souhaiterait débarrasser les Etats-Unis de leur image de «bad guys» au sein d’organisations internationales telles que l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), où certains Etats du sud tendent à dépeindre l’Amérique comme un pays qui défend la propriété intellectuelle parce que seul l’argent l’intéresserait. Une manière de montrer qu’on peut être pour la protection des brevets, pour le système capitaliste tout en agissant en faveur du développement.

Ex-ambassadrice américaine auprès du Conseil économique et social de l’ONU à New York de 1997 à 2001, Betty King a une longue expérience multilatérale. Dans cette dernière fonction, elle a contribué à l’élaboration des Objectifs du millénaire de l’ONU. Elle connaît bien Genève. Quand elle était à l’Ecosoc ou au Programme des Nations unies pour le développement, elle a passé plusieurs étés sur les bords du Léman. Au printemps 2009, elle a participé aux séances préparatoires de la Conférence mondiale sur le racisme (Durban II). Jeudi, elle a rappelé que «c’est la première fois que les Etats-Unis ont quatre ambassadeurs à Genève (ndlr: Eileen Chamberlain Dohahoe au Conseil des droits de l’homme, Laura Kennedy à la Conférence du désarmement et Michael Plunke à l’OMC). Et c’est la première fois que nous avons un ambassadeur au Conseil des droits de l’homme. Même à l’époque de la Commission des droits de l’homme, un chef de délégation venait pour six semaines à Genève avant de repartir».