Le Temps: Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda. Qu'en est-il?

Bob Kabamba: Laurent Nkunda a beaucoup de fantassins, mais il n'a pas d'armement lourd ou d'artilleurs. Il est très plausible que l'armement lourd vienne du Rwanda.

- Plausible ou sûr?

- Une offensive d'une telle envergure ne peut être menée sans l'appui du Rwanda.

- Mais Kigali dément...

- 1996,1998, 2002, 2003, 2004, 2008. C'est toujours le même scénario. Le Rwanda se défend d'abord de toute implication, puis finit par l'admettre.

- La force de maintien de la paix des Nations unies (Monuc, 17000 hommes) semble totalement dépassée. La solution est-elle une augmentation de ses effectifs?

- Le mandat de la Monuc n'est pas assez clair pour qu'elle puisse faire face à la situation dans laquelle elle se retrouve maintenant.

Mais l'augmentation des effectifs n'est pas la solution. La solution passe par le Rwanda. Il doit accepter de s'expliquer très clairement, et s'il demande à Laurent Nkunda de s'arrêter, celui-ci obtempérera. Côté congolais, le gouvernement doit favoriser une résolution par la politique et non pas par la guerre.

- Que redoutez-vous?

- Des massacres à grande échelle vont avoir lieu. Il y a un risque que le conflit prenne une tournure communautaire. Il n'y a pas que des Hutus ou des Tutsis dans la région mais aussi les Niangas, les Tembos... C'est l'histoire qui se réécrit en pire: avec plus de violence, plus de moyens, et une population civile exaspérée, prête à prendre les armes pour en terminer.

- Peut-on imaginer que la situation dégénère en une guerre ouverte entre la RDC et le Rwanda?

- Oui, si la RDC obtient le soutien de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe), dont beaucoup de membres sont las de l'implication rwandaise qui entrave la pacification de la région. L'Angola, par exemple, a des intérêts importants au Congo, notamment du pétrole. Il a du mal à accepter qu'ils soient remis en cause par une nouvelle guerre.

- Quel regard jetez-vous sur la gestion de la crise par le président Kabila et son gouvernement?

- Elle est très mauvaise, comme d'habitude. Pendant qu'il y a la guerre à l'est, à Kinshasa, on fait la fête. Un gouvernement pléthorique a été intronisé lundi, avec 50 membres et sans direction claire, alors que la lourdeur du précédent avait été stigmatisée.