La mobilisation populaire contre Pékin et le gouvernement de Hongkong n’a cessé de grandir depuis une semaine. Les étudiants ont lancé une grève des cours lundi 26 septembre. Depuis vendredi, ils occupent par milliers les abords du siège du gouvernement, situé sur l’île de Hongkong. Dans la nuit de samedi à dimanche, ils ont été rejoints par le mouvement «Occupy central», qui, comme eux, souhaite instauré la démocratie dans la Région admistrative spéciale (RAS). Dimanche après-midi, ils étaient plusieurs dizaines de milliers rassemblée à Civic Square, près de Tamar park. La circulation a été interrompue par de Hongkongais venus de toute part alors que la police se préparait à faire évacuer les lieux. Plus de 70 personnes ont déjà été arrêtées.

Le 31 août, Pékin a rendu public le mode d’élection du prochain chef du gouvernement de Hongkong, en 2017. Ce dernier sera élu au suffrage universel, mais seuls deux ou trois candidats pourront se présenter, et à condition qu’ils aient obtenu la majorité des voix d’un comité contrôlé par Pékin. «Occupy central» est un mouvement cofondé par le professeur de droit de l’Université de Hongkong Benny Tai et qui vise à réformer le système politique pour introduire la démocratie dans la RAS, redevenue chinoise en 1997.

– Le Temps: Pourquoi avez-vous lancé l’«occupation de Central» dès ce dimanche, et non mercredi, jour de la fête nationale chinoise, comme initialement prévu?

– Benny Tai: Mobilisés depuis le 26 septembre, les étudiants ont réalisé la plus grande manifestation jamais organisée à Hongkong. Nous poursuivons le même but, la démocratie, et devions donc nous joindre à eux. Nous sommes décidés à rester ici, dans la paix, mais jusqu’au bout, jusqu’à ce que la police nous déloge.

– Cette mobilisation effraie les milieux d’affaires, qui y voient seulement une menace à la réputation et la stabilité de Hongkong. Que leur répondez-vous?

– Ils s’inquiètent à tort. Aujourd’hui, Hongkong est une ville internationale et indispensable à la Chine. Shanghai et d’autres disposent peut-être d’excellentes infrastructures, mais elles n’ont pas de système juridique aussi développé et solide, ce qui est déterminant, par exemple, pour les investissements. La démocratie renforcera cette sécurité du droit. Notre mouvement ne va donc pas affaiblir la compétitivité de Hongkong, au contraire.

–  Vous vous battez, mais à la fin, on sait pourtant que Pékin va l’emporter...

– Nous devons essayer de faire passer nos idées! Nous voulons répondre à la question: comment assurer le leadership politique, sa légitimité? Pékin l’a fait par la croissance économique, mais cette dernière faiblit. Ils le font maintenant en usant de plus en plus du nationalisme. Ou encore en encourageant le confucianisme. Nous considérons que la démocratie est l’outil qu’il faut utiliser à Hongkong.

– Beaucoup de Hongkongais jugent qu’il faut accepter le mode d’élection proposé par Pékin, qui constitue une première étape vers la démocratie...

– C’est une erreur de jugement. Car si nous acceptons ces règles, le prochain chef du gouvernement réussira sans doute là où son prédécesseur a échoué en 2003. A savoir changer un article de notre constitution pour restreindre drastiquement les libertés. Or c’est un projet de Pékin. Aujourd’hui, ces manifestations nous font courir une amende de 500 dollars américains, au maximum. Avec le nouvel article, nous risquerons la prison à vie. Le gouvernement de Hongkong ressemblera alors à celui de Singapour. Nous serons peut-être très efficaces, mais sans liberté.

– Quels arguments pourraient inciter le président chinois Xi Jinping à essayer la démocratie à Hongkong?

– Pékin affronte de grands problèmes de gouvernance et de modèle de croissance. Il devrait profiter de Hongkong pour faire un essai. D’autant que, Hongkong élirait sûrement un chef du gouvernement pro-pékin; car nous n’avons aucun intérêt à nous couper de la Chine. Cependant, cette personne aurait la légitimité du suffrage universel. Avec le «paquet» actuel, ce suffrage ne voudra rien dire puisque les candidats seront pré-sélectionnés par Pékin, dont la légitimité n’en sortira qu’affaiblie. Si cela se produit, nous organiserons des élections nous-même pour élire un «shadow cabinet», un gouvernement d’opposition, afin de faire pression sur nos dirigeants.

– Des médias chinois vous reprochent d’être financés par les Etats-Unis. Est-ce vrai?

– C’est absurde et sans fondement. Nous recevons des soutiens financiers des Hongkongais. Jusqu’à présent, près d’un million de dollars a été récolté lors de nos manifestation. Cet argent, par fois 10 dollars d’autres fois 1000, vient de tout type de personne.