Ce sera le conflit israélo-palestinien! Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a décidé de tenir, mercredi prochain, sa première session spéciale, qui sera consacrée à la dégradation de la situation à Gaza.

Un dangereux saut à pieds joints dans le bourbier proche-oriental, pour cette institution des Nations unies qui vient tout juste de naître? Au contraire, juge John Dugard, le rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires occupés palestiniens: «C'est un pas très important dans la bonne direction, estime-t-il. Le Conseil doit s'occuper de ce type de questions. C'est là son rôle même. Il s'agit d'une crise d'importance qui menace la paix.»

L'ONU associée au boycott

Mais le rapporteur, qui revient d'une récente visite dans les territoires palestiniens, voit aussi une autre nécessité à ce que les Nations unies empoignent ce dossier: «La réputation de l'ONU est en miettes auprès des Palestiniens. Pour eux, elle participe aux sanctions qui sapent non seulement l'Autorité palestinienne, mais aussi l'homme et la femme de la rue. Ils la jugent coupable de leur imposer une punition collective.»

A travers le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies), l'ONU est en effet associée au boycott international mis en place après l'arrivée au pouvoir du Hamas, en janvier dernier. Ressortissant d'Afrique du Sud, John Dugard s'étonne. A l'époque de l'apartheid, la communauté internationale avait refusé d'utiliser l'arme des sanctions contre Pretoria au motif que cela serait dommageable aux Noirs sud-africains. Or la population palestinienne est soumise, note-t-il, à l'un des régimes de sanctions «parmi les plus rigoureux des temps modernes». Au moyen notamment du blocage des fonds bancaires, ce n'est pas seulement l'Autorité palestinienne, mais aussi les employés et les Organisations d'aide qui ne reçoivent plus d'argent. Ce qui a «de graves conséquences, par exemple, sur les fournitures médicales.»

Bien plus, note le rapporteur: en conservant sa place au sein du Quartet, les Nations unies (comme l'Union européenne) se voient privées de tout rôle de médiation entre Israël et les Palestiniens. A l'heure de progresser dans l'affaire du soldat israélien enlevé à Gaza, c'est aux Egyptiens que l'on a eu recours, note-t-il à ce propos. «L'ONU pourrait jouer un rôle dans une éventuelle libération de prisonniers. Mais en aucun cas ce ne sera le rôle du Quartet.»

Une session spéciale, certes, mais à quoi servira-t-elle? «C'est le vrai problème, répond John Dugard: «Le Conseil peut exprimer de manière très forte ses opinions, mais il n'a pas le pouvoir de prendre des décisions importantes.» La session pourrait déboucher sur la création d'une commission d'enquête et, peut-être, sur l'envoi dans la région du haut-commissaire aux droits de l'homme. «Cela peut aussi avoir un effet de modération sur le terrain de part et d'autre», explique le rapporteur dont le mandat, comme celui de ses collègues, vient d'être prolongé d'un an par le Conseil.

«Diplomatie créative»

A ceux qui lui reprochent d'outrepasser son rôle, John Dugard répond: «La situation économique est devenue si mauvaise que toute une série de droits élémentaires en souffre. Or, insiste-t-il, cette situation découle directement de l'action d'Israël ainsi que du Quartet.»

John Dugard, dont le mandat n'est pas reconnu par Israël et qui ne peut donc rencontrer d'officiels israéliens, prône l'établissement d'une «diplomatie créative», basée par exemple sur le «document des prisonniers», ce texte par lequel le Hamas vient de reconnaître de manière implicite l'existence de l'Etat d'Israël. A l'en croire, il s'agit là d'un accord «qui pourrait fournir une base pour une négociation future avec Israël.

Dans l'immédiat, même s'il affirme comprendre les préoccupations israéliennes au sujet du soldat enlevé, le rapporteur spécial voit une «disproportion» dans la réponse de l'armée israélienne à Gaza.