Editorial

CETA: un raté monumental de l’UE

Le blocage belge sur l’accord de libre-échange montre que l’Union européenne a été incapable de mener un projet à terme et à temps

En soi, le renvoi de la signature de l’accord de libre-échange Union européenne-Canada (CETA) prévue pour jeudi n’est pas si grave. Les va-et-vient dans les négociations sont courants. Les échéances repoussées font partie du jeu. Les Wallons, qui ont recouru à un privilège propre à la législation belge, n’ont pas à rougir d’avoir bloqué momentanément le processus qui a démarré il y a cinq ans.

Et pourtant. Il s’agit bien d’un raté monumental. C’est une crise de plus qui va miner la crédibilité des institutions européennes. Bruxelles a montré son inaptitude à mener un projet à terme et à temps. Désormais, ses partenaires se poseront des questions sur sa capacité à honorer ses engagements.

Il est vrai qu’avec 28 Etats membres, le consensus n’est pas évident. Dans ce contexte, la perspective de faire accepter, si jamais il aboutit, l’accord autrement plus crucial de libre-échange avec les Etats-Unis (TTIP) paraît déjà bien compromise. L’opposition se manifeste non seulement dans la société civile, mais aussi au sein même des Etats européens.
En réalité, la crise concerne surtout l’incapacité de Bruxelles à écouter ses citoyens. Le CETA, le TTIP et d’autres accords internationaux alimentent une opposition de plus en plus organisée, féroce et massive. Bruxelles fait semblant d’écouter mais ne répond pas aux questions légitimes.

L’introduction dans le CETA d’une justice spéciale au service des multinationales – celles-ci pourraient y traduire les Etats pour manque à gagner à la suite de l’une ou de l’autre décision – est le point le plus sensible. En y apportant quelques retouches cosmétiques, l’UE n’a fait qu’alimenter encore un peu plus les critiques.

L’exemple de Philip Morris, qui réclamait 25 millions de dollars à l’Uruguay en compensation des pertes occasionnées par sa politique de santé, a marqué les esprits. Autre exemple très actuel: l’entreprise suédoise d’énergie Vattenfall demande 4,6 milliards d’euros à l’Allemagne parce que Berlin a décidé de se passer du nucléaire.

Ces cas emblématiques, parmi tant d’autres, illustrent la toute-puissance des entreprises face aux Etats. Et l’UE n’a rien fait pour rassurer celles et ceux qui veulent mettre des limites à ce pouvoir.

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