«Je n'en crois pas mes yeux. C'est un vrai soulagement», s'exclame le petit homme en djellaba. Naji Aboud est chiite. Sa famille a été persécutée par le régime de Saddam Hussein. Pour lui, les photos des dépouilles d'Oudaï et de Qoussaï représentent la certitude que les bassistes ne reviendront plus jamais au pouvoir. «Les frères Hussein incarnaient la corruption, et la torture des personnes innocentes. C'étaient des monstres. Je pense qu'on peut remercier les soldats américains de s'être débarrassés d'eux», dit-il. Comme beaucoup d'Irakiens, Naji a pris vu les deux portraits ensanglantés sur CNN. Interdites sous l'ancien régime, les chaînes de télévision par satellite sont désormais accessibles à tous les Irakiens qui ont les moyens de se payer la parabole.

Juste après la diffusion, un concert de klaxons a raisonné à travers les rues de Bagdad. Et à la nuit tombée, des petits feux de joie épars ont réveillé le ciel de la capitale irakienne. Mais il y a bien sûr toujours les sceptiques, ceux qui demandent à voir les corps, et ceux qui réclament désormais des tests d'AND pour être assurés à 100% de l'identité des deux hommes. «J'ai vu les photos, mais je ne suis pas sûr que ce sont celles des fils de Saddam. C'est vrai qu'on peut reconnaître la bouche d'Oudaï, mais les visages sont tellement endommagés que c'est difficile de juger», remarque Mona Alim, mère de famille. Reste que si Oudaï et Qoussaï semblent bel et bien morts, la résistance contre les forces de la coalition se poursuit sur le terrain, avec l'annonce hier de nouvelles attaques mortelles contre des soldats américains. La télévision Al Arabia a diffusé des images d'hommes armés, prétendant être des Fedayins. «La mort d'Oudaï et de Qoussaï va faire amplifier le djihad», ont-ils annoncé, en promettant de venger la mort des frères Hussein.

Pour beaucoup d'Irakiens de la rue, cette résistance ne pourra prendre fin qu'avec la capture de Saddam Hussein en personne. «D'après moi, ce n'est pas la mort d'Oudaï et de Qoussaï qui est importante. Ce qui compte, c'est la tête de Saddam Hussein. C'est lui qui doit mourir. Car c'est lui qui est à l'origine de tous nos problèmes. Et c'est lui qui provoque tous ces actes terroristes. Tant qu'il ne sera pas capturé, les anciens bassistes continueront à rêver de son retour», remarque Mohammad Abdullah, un habitant de la capitale irakienne. Numéro un sur la liste du Pentagone, l'ancien raïs de Bagdad reste introuvable, même si les derniers rapports le disent toujours vivant.