C’est un quartier qui a poussé en périphérie d’Albertville, dans les années 1970. Avec sa zone pavillonnaire sans éclat et plus loin sa rangée d’immeubles un peu décatis. D’un côté les jardinets de la classe moyenne, de l’autre les étages des ouvriers. Entre les deux, la mosquée Fatih, bâtiment très coloré (safrané, saumon, brique).

Le jeune homme à qui l’on demande s’il peut nous guider vers l’imam se retourne en souriant: «L’imam, c’est moi.» Vingt-huit ans, né à Annecy, marié et père de trois filles, des études en théologie à l’Université Marmara à Istanbul. Archétype du religieux que l’islam de France envoie aujourd’hui dans ses mosquées. Une page se tourne: les octogénaires barbus prêchant dans un arabe classique inaudible pour les jeunes cèdent la place sur le minbar (chaire) à des intellectuels trentenaires bardés de diplômes et qui déclament en français, arabe littéraire et autres langues.